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Moscou tisse sa toile à Lomé

Moscou tisse sa toile à Lomé 1

Éric Topona analyse le  renforcement progressif de l’influence russe au Togo et, plus largement, dans le golfe de Guinée.   La rencontre entre Vladimir Poutine et Faure Gnassingbé à Moscou en novembre 2025 a marqué une nouvelle étape dans ce rapprochement , avec la volonté affichée de renforcer la coopération politique, économique, éducative et sécuritaire. 


Le 8 décembre 2025, s’ouvrait à Lomé le 9ᵉ Congrès panafricain autour du thème : « Renouveau du panafricanisme et rôle de l’Afrique dans la réforme des institutions multilatérales ». Cette rencontre, organisée un siècle après la première du genre à Accra (sous l’impulsion de l’un des pères fondateurs du mouvement panafricanisme, Kwame N’krumah), a drainé grand monde. À l’invitation de Robe​rt Dussey, le chef de la diplomatie togolaise, plusieurs activistes de la galaxie panafricaniste furent conviés en même temps que de nombreux universitaires et des activistes de la diaspora africaine. Il faut relever que parmi ceux-ci, certains sont notoirement connus pour leur proximité avec Moscou depuis l’ère ​Evgueni Prigojine jusqu’aux régimes actuels de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Proximité avec la propagande russe 

Il faut relever que depuis quelques années , la diplomatie togolaise s’est particulièrement illustrée par sa mobilisation pour la promotion de ce mouvement qui se présente comme un cadre d’impulsion de la ​« Renaissance africaine ». Un concept aux contours flous, promu en son temps par l’ex-chef d’État sud-africain Thabo Mbeki.

Mais s’il y a une orientation de ce discours que ses promoteurs présentent comme la voie vers un renouveau idéologique en Afrique, c’est sa proximité avec la propagande officielle russe.  Celle-ci, dans son catéchisme actuel, vante son anticolonialisme comme contrepoids aux relations séculaires entre l’Afrique et l’Occident, notamment l’Europe, et prétend accompagner les peuples africains dans leur combat pour une« libération effective » de l’Afrique, et leur accession à une« souveraineté véritable ».

Il faut donc remonter à la préparation de ce terrain idéologique, pour comprendre la nouvelle orientation que semble prendre la diplomatie togolaise dansa relation avec Moscou.

En effet, comme preuve en fut faite depuis l’année 2025, le Togo ne s’illustre pas seulement comme l’un des nouveaux terrains du déploiement de la diplomatie russe en Afrique. Le pays de ​Faure Gnassingbé est aussi devenu l’une de ses portes d’entrée vers les partenaires africains de Moscou que pénalise l’impossibilité géostratégique d’accès à la mer. À cet égard, l’implantation d’une unité de l’Africa Corps à Lomé est loin d’être anodine, au-delà de la dynamique diplomatique enclenche en 2025 par les présidents Vladimir Poutine et ​Faure Gnassingbé, à travers la signature d’accords de coopération dans des domaines aussi divers quel agriculture, la formation, le renseignement.

Montée en puissance du volet militaire de la coopération avec la Russie

Il n’en demeure pas moins que le volet militaire de cette coopérationne cesse de monter en puissance.  Il ne s’agit pas seulement des intérêts militaires entre les deux pays. Mais aussi, et surtout, du déploiement de Moscou vers les voisins de Lomé. C’est ainsi que le Togo a été mis à contribution en juin 2025 pour la livraison d’une cargaison d’armes à Conakry, en dépit des sanctions américaines .   Dans un passé récent, un navire russe, le Britinev, a accosté au port de Lomé pour unelivraison de matériel militairedestiné aux troupes russes de l’Africa Corps. Si l’intensification de la coopération militaire entre les deux pays s’inscrit dans le droit souverain pour le Togo de diversifiées partenaires, y compris au plan militaire, on ne peut pas manquer de s’interroger sur l’avenir de ce rapprochement.

Des interrogations sur l’efficacité d’Africa Corps

Certes, il faut relever que le Togo, à l’instar de la quasi-totalité des paysde l’Afrique de l’Ouest, se heurte à ses frontières à la montée de la menace régionale qu’incarne le terrorisme djihadiste. Toutefois, le choix de ce rapprochement par Lomé ne manque pas de susciter des interrogations au moment oùl’efficacité des actions de l’​AfricaCorps est largement remise en question dans les pays voisins de l’Alliance des États du Sahel (AES). Les échecs cuisants de ses hommessur les théâtres d’opérations, lesdifficultés que continuentd’éprouver les forces de défense et de sécurité de ces pays dans la fourniture par la Russie d’un renseignement prévisionnel de qualité, ne sont pas étrangers à la progression des groupes terroristesdans ces pays. Tant et si bien qu’au sein des troupes des pays de l’AES, du commandement militaire, des populations, le mythe de l’invincibilité des Russes ne cesse de décliner.

L’image de la Russie écornée

Mais outre ce discrédit rampant, l’enrôlement dans les forces arméesrusses de migrants africains a considérablement écorné l’image de la Russie sur le continent africain. Au prétexte fallacieux de répondre à une immigration de travail, de nombreux Africains ont été déportéssur le front de guerre où certains se verront contraints de servir de chairà canon ; lorsqu’ils ne se seront pasvu imposer des tâches logistiquesdes plus ingrates. Les « maisons de la Russie », qui étaient supposéesservir à la diffusion d’un « soft power » russe et slave en Afrique, sont de plus en plus perçues comme des antichambres d’unemobilisation militaire d’Africains, pour une guerre qui n’a jamais été le motif de leur volonté d’émigration.

Ce nouvel âge de la coopération entre Lomé et Moscou n’est pas sans lien avec les ambitions stratégiques de la Russie de Vladimir Poutine en Afrique. Cependant, on peut douterqu’elles connaîtront les mêmesdérives que dans les pays voisins. La​résilience du peuple togolais, et leslimites factuelles de l’efficacité de la coopération militaire de la Russie avec l’Afrique, permettent d’endouter. Ce d’autant plus que l’enlisement de la Russie dans saguerre d’agression contre l’Ukraine suscite d’ores et déjà doutes et perplexité au sein de sa propre population.

C’est pourquoi, fin juillet 2026, plusieurs partis d’opposition togolais et organisations de la société civile ont publiquement dénoncé la présence présumée de membres de l’Africa Corps russe ainsi que d’éléments de la société militaire privée turque Sadat dans le nord du Togo.