Economie

La BAD dévoile ses nouveaux outils pour mesurer l’industrialisation de l’Afrique

La Banque africaine de développement a présenté ce lundi, en marge de ses Assemblées annuelles à Brazzaville, deux instruments destinés à mieux cerner l’état de l’industrialisation du continent africain. Le premier, l’Indice d’industrialisation de l’Afrique (AII) dans son édition 2025, et le second, le tout premier Baromètre africain de l’investissement industriel (AfIIB), constituent ensemble un dispositif de mesure inédit à l’échelle continentale.

L’Afrique produit peu de ce qu’elle consomme et exporte principalement des matières premières. Cette réalité, documentée depuis des décennies, demeure difficile à quantifier avec précision faute d’outils comparables d’un pays à l’autre. C’est précisément le vide que cherche à combler l’AII, né en 2022 d’une collaboration entre la BAD, l’Union africaine et l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI). L’enjeu est simple : on ne peut piloter ce qu’on ne mesure pas.

L’AII 2025 : une boussole continentale

Dans son édition 2025, l’indice évalue 54 pays africains à travers 19 indicateurs couvrant six dimensions : la performance manufacturière, le capital, le travail, l’environnement des affaires, les infrastructures et la stabilité macroéconomique. Le thème retenu cette année  « ZLECAf : faire avancer l’agenda inachevé de l’industrialisation régionale » place la Zone de libre-échange continentale africaine au cœur de l’analyse. L’AII examine comment l’intégration commerciale régionale peut servir de levier pour stimuler l’investissement privé en créant des espaces économiques plus vastes, plus compétitifs et plus attractifs pour les entreprises.

Rapport africa_industrialisation_index_2025_en-pdf5.pdf

Concrètement, l’indice permet de comparer les trajectoires industrielles des pays africains, d’identifier les pôles de développement émergents, de repérer les meilleures pratiques et de cibler les interventions prioritaires. Il est enrichi depuis ses débuts de sections analytiques thématiques, d’un éclairage sur un instrument de politique industrielle et d’un focus régional spécifique.

L’AfIIB : descendre au niveau des projets

Le Baromètre africain de l’investissement industriel apporte une dimension nouvelle, complémentaire à l’AII. Développé par WITBA Invest SA en partenariat avec Trendeo, cet outil part d’un constat : les données macroéconomiques agrégées ne permettent pas de saisir la réalité des décisions d’investissement sur le terrain. L’AfIIB utilise des données microéconomiques géolocalisées pour cartographier précisément les flux d’investissements industriels, secteur par secteur, territoire par territoire, projet par projet.

Il est structuré autour de trois indices originaux. Le premier mesure la diversification industrielle, un pays dépend-il d’un seul secteur ou dispose-t-il d’une base productive variée ? Le deuxième évalue l’attractivité, quelles zones ou quels secteurs parviennent à capter des capitaux privés ? Le troisième analyse l’ancrage productif, les investissements s’enracinent-ils durablement dans les économies locales ou restent-ils des opérations extraverties sans effet d’entraînement ?

À ces trois indices s’ajoute un cadre qualitatif baptisé « Future Factory », qui évalue les dimensions environnementale, sociale et territoriale des projets industriels une grille d’analyse alignée avec les exigences croissantes des investisseurs responsables.

Une complémentarité stratégique

Les deux outils forment un tandem délibéré. Là où l’AII offre une lecture macro et comparative entre pays, l’AfIIB descend à l’échelle des projets et des territoires. Ensemble, ils permettent de répondre à des questions que ni l’un ni l’autre ne pourrait traiter seul : quels pays progressent le plus vite dans leur industrialisation, et pourquoi ? Où se concentrent les investissements privés, et avec quels effets réels sur les économies locales ? Quels secteurs émergent comme moteurs d’une industrialisation soutenable ?

Cette double lecture s’inscrit directement dans le thème des Assemblées annuelles 2026 du Groupe de la BAD : mobiliser le financement du développement à grande échelle dans un monde multipolaire et fragmenté. Car sans données fiables et granulaires, il est impossible de cibler efficacement les capitaux publics et privés là où ils produiront le plus d’effets.

 

GADNODJI  Nako