L’Observatoire des droits et libertés au Tchad (ODL) dans un communiqué de presse publié ce 20 août, condamne fermement l’interpellation de l’équipe de contrôle de l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC) et appelle les plus hautes autorités à garantir l’exercice des missions de cette institution.
L’Observatoire des Droits et Libertés au Tchad dit avoir suivi avec attention les événements survenus le 7 août dernier au sein de la SHT. Selon l’organisation, cette situation a conduit à une « brève interpellation » des membres de l’équipe de l’AILC, parmi lesquels figurait la contrôleure générale adjointe. L’organisation évoque également une tentative d’enlèvement du contrôleur général dans son bureau.
Dans son communiqué, l’ODL condamne fermement ces faits , qu’elle qualifie de « pratique digne d’une scène d’opération des narcotrafiquants tentant de libérer les leurs dans les locaux de la justice d’État ».
Pour l’ODL, les explications fournies à la suite de l’incident par les deux institutions publiques concernées soulèvent « de sérieuses interrogations » sur l’étendue réelle des prérogatives de l’AILC.
L’organisation estime que cet épisode risque surtout de donner le sentiment que la lutte contre la corruption ne s’applique pas de la même manière à toutes les institutions et à tous les citoyens.
L’Observatoire s’interroge dès lors sur la capacité de l’AILC à exercer pleinement ses missions. « Que peut-on attendre d’elle en réalité ? Sert-elle simplement à faire la chasse à certaines personnalités ou à lutter réellement contre la corruption ? », questionne-t-il.
Pour l’ODL, l’efficacité de la lutte contre la corruption passe nécessairement par la capacité de l’AILC à contrôler toutes les institutions et entreprises publiques, sans distinction.
L’organisation interpelle ainsi directement le président de la République, qu’elle présente comme le « premier Contrôleur Général anticorruption », afin qu’il veille au respect des prérogatives de l’AILC.
L’ODL demande notamment que la Société des hydrocarbures du Tchad soit soumise au contrôle de l’AILC dans les mêmes conditions que les autres institutions et entreprises publiques. « Aucune structure publique ne devrait être soustraite au contrôle de l’organe chargé de lutter contre la corruption en raison de l’identité ou des appartenances des personnalités qui la dirigent », estime l’organisation.
L’Observatoire des Droits et Libertés au Tchad met ainsi en garde contre la création d’ institutions et d’entreprises publiques qui seraient considérées comme « intouchables ». Une telle situation, selon lui, serait incompatible avec une lutte anticorruption « effective et équitable ».
Dans la dernière partie de son communiqué, l’organisation va plus loin et conditionne l’utilité même de l’AILC à sa capacité à agir sans discrimination. « Si la lutte anticorruption ne doit concerner qu’une catégorie de personnes, l’AILC n’a pas raison d’être et doit simplement être dissoute », affirme l’ODL.
Rahila Biassou Til-Ndecka



