Les chercheurs du Centre d’études des dynamiques sociales (Cedys), constitué du Dr Yamingué Betinbaye, Babouh Tih-kwada Elisabeth et Dr Tasbe Djimadoumadji ont fait, à travers une analyse commune, l’examen de la progression de la politique de la décentralisation au Tchad.
En effet, selon les chercheurs, en juillet 2025, soit sept mois après les élections locales et cinq mois après la mise en place des exécutifs locaux, les dirigeants du pays ont affiché quelques critères pour rassurer la population et les partenaires sur la décentralisation notamment la tenue d’un séminaire national sur la décentralisation, l’élaboration d’une feuille de route et une série de rencontres présidentielles qui a impliqué les principaux animateurs de la gouvernance locale.
Cependant selon l’étude « une année après, la décentralisation semble marquer le pas. L’harmonisation et le renforcement du cadre juridique et institutionnel sont toujours au point mort. Les contours de la décentralisation en question demeurent flous, y compris pour certains représentants gouvernementaux et membres des exécutifs locaux ». De ce fait, poursuivent les chercheurs du Cedys, il apparaît clairement que la décentralisation peine encore à s’installer au Tchad malgré ce temps passé. « A titre illustratif, Déjà le 16 juillet 2026, le vice premier ministre a adressé une lettre à tous les services déconcentrés de l’État pour fixer des orientations et directives sur la restauration de l’autorité de l’État,la transparence financière et la sécurité des citoyens ». Et le 29 juillet 2026, indique-t-il,le maire de la commune du 5e arrondissement de la ville de N’Djaména et deux responsables de cette collectivité ont été suspendus par l’Autorité Indépendante de Lutter Contre la Corruption par manquements graves.
Il ressort de l’analyse des chercheurs que la décentralisation est appréhendée comme un puissant instrument de justice territoriale,un facteur de paix et de stabilité.Outre cela, la décentralisation est envisagée comme un indice de renforcer la démocratie locale et la participation de tous les citoyens à la gestion des affaires publiques mais le processus est lancé sans démarche claire à suivre.
Pour finir les chercheurs ont formulé les recommandations suivantes :
– Le parlement devrait accélérer l’harmonisation et le renforcement du cadre juridique de la décentralisation en priorisant l’élaboration de la loi sur la fonction publique locale et l’implication des représentants des collectivités dans le Conseil des Provinces pour le Développement (CNPD) et le Conseil Inter-Provinces pour le Développement (CIPD);
– Les autorités nationales devraient poursuivre la sensibilisation des représentants gouvernementaux,des exécutifs locaux et la population sur leurs rôles,leurs responsabilités et les enjeux de la gouvernance locale,en s’appuyant sur une franche implication des organisations de la société civile,des médias et des autorités traditionnelles;
– Le gouvernement devrait amorcer le transfert effectif des premières compétences aux collectivités autonomes avec les ressources afférentes,afin de concrétiser la décentralisation et rassurer l’opinion publique que 50% des 141 compétences prévues seront transférées à l’horizon 2030, conformément à la feuille de route.
Mekila Alain


