Suite à un décret présidentiel du 11 juin 2026, la militante pro-démocratie Mariama Djibrine, alias « Mayra », s’est vue « provisoirement » déchue de sa nationalité, en raison d’accusations touchant à la sécurité nationale et à l’ordre public du Niger.
Par Eric Topona
Le général Abdourahamane Tiani a donc déchu « provisoirement» de sa nationalité nigérienne, la présidente de l’Alliance des Démocrates du Sahel (ADS), un mouvement fondé le 9 avril 2026 à Bruxelles par des ressortissants en exil du Mali, du Niger et du Burkina Faso. Ce mouvement non-violent a été créé dans le but de résister aux dictatures militaires , de réclamer le rétablissement de l’ordre constitutionnel et de préserver les libertés citoyennes dans les pays de l’Alliance des États du Sahel.
Mariama Djibrine, connue sous le pseudonyme « Mayra », est accusée de « diffusion de données de nature à troubler l’ordre public », d’« incitation à la révolte » et d’« intelligence avec une puissance étrangère ».
Le cadre juridique du décret
La décision du chef de la junte militaire nigérienne est fondée sur des textes adoptés après le coup d’État du 26 juillet 2023, notamment les ordonnances n° 2024-43 du 27 août 2024 et n° 2024-46 du 7 octobre 2024. Ces lois permettent de créer un registre de personnes soupçonnées de terrorisme ou d’atteintes aux intérêts stratégiques du Niger et prévoient des sanctions telles que la perte de nationalité.
Des précédents
Depuis le renversement du président Mohamed Bazoum le 26 juillet 2023, les autorités militaires ont renforcé les sanctions contre les opposants et d’anciens responsables politiques.
La déchéance de nationalité est devenue un mécanisme utilisé contre des personnes soupçonnées de porter atteinte à la sécurité nationale.
Selon des organisations de défense des droits humains, dont Human Rights Watch, ces dispositions visent à intensifier la répression à l’encontre des voix critiques.
C’est ainsi qu’en octobre 2024, le général Abdourahamane Tiani a retiré la nationalité à neuf dignitaires du régime Bazoum. Parmi eux, on peut citer le général Karingama Wali Ibrahim.
Celui-ci fut notamment le chef d’état-major particulier de l’ancien président Mahamadou Issoufou, avant d’être nommé à la direction du Centre national d’études sécuritaires et stratégiques (CNESS) par Mohammed Bazoum. On peut également citer Daouda Djibo Takoubakoye, directeur de cabinet adjoint à la présidence de la République. Sans oublier les anciens ministres Hassoumi Massoudou et Alkache Alhada, ainsi que l’ex-colonel Seydina Maman Kadela, Maman Sani Ali Adam, également connu sous le nom de Celon Ali Adam, Boussada Ben Ali, Mahmoud et Moussa Sallah.
Notons qu’en général, la perte de nationalité est associée à des poursuites judiciaires, parfois devant une cour martiale, pour des accusations telles que « trahison », «conspiration contre la sécurité de l’État» ou « actions susceptibles de compromettre l’ordre et la sécurité publics».
La « déchéance provisoire» de la nationalité de Mariama Djibrine s’est produite dans un climat politique tendu, où prévaut la répression des voix critiques à l’égard de la junte. Ce jeudi (18 juin), la zone proche de l’aéroport international Diori Hamani (AIDH) de Niamey a été le théâtre de coups de feu qui ont duré plusieurs heures. Selon plusieurs sources, il s’agirait d’une nouvelle attaque djihadiste comme celle revendiquée fin janvier par l’organisation État islamique.


