L’ancien bâtonnier, Laguerre Dionro Djerandi fait remarqué, dans une publication Facebook, que quand l’exercice du pouvoir est encadré par le droit et non par la seule volonté des gouvernants, on parle d’Etat de droit. « Dans un tel État, tous (y compris les autorités publiques) sont soumis à la loi, personne n’en est au dessus, pas même l’Etat, les droits des citoyens sont protégés, le juge est indépendant. C’est dire que cet État a pour piliers, la suprématie de la loi, l’égalité devant elle sans discrimination aucune, la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, la protection des droits fondamentaux », relève l’ex bâtonnier. Cependant, poursuit Me Laguerre Dionro Djerandi, « un État peut avoir des lois sans être un État de droit notamment si les lois sont utilisées pour réprimer, discriminer ou protéger le pouvoir ».
Pour l’avocat Laguerre Dionro Djerandi, l’on peut dès lors entrevoir ce qui serait constitutif de menaces ou de nature à remettre en cause l’Etat de droit sous différents angles en considérant que ces menaces ne sont pas toujours de façon spectaculaire mais souvent progressives, diffuses et par accumulation. « Ces menaces peuvent résulter, 1- des atteintes à l’indépendance de la justice. En effet, quand le juge ne peut plus trancher librement, le droit perd sa force ; 2- de la concentration excessive du pouvoir ; 3- de l’instrumentalisation des forces de sécurité et de la justice pénale. Cela peut résulter des arrestations ciblées, des détentions arbitraires, des procédures pénales utilisées comme outil politique. Et alors, la justice n’applique pas le droit ou seulement dans certains cas, les procédures sont biaisées, etc. Du coup, la justice elle-même créée l’insécurité. Ici, le droit devient un instrument de coercition et non une garantie ; 4- des atteintes au processus démocratique par des élections non transparentes, la répression des manifestations, les restrictions des partis politiques et de la société civile ; 5- les restrictions des libertés fondamentales à travers par exemple les atteintes à la liberté d’expression et d’association ; 6- la corruption et l’impunité ; 7- l’affaiblissement des engagements internationaux y compris le repli souverainiste pour échapper aux contrôles ou se soustraire aux garde-fous extérieurs ».
Selon Laguerre Dionro Djerandi, lorsqu’il y a des arrestations systématiques, cela n’est pas nécessairement un simple fait de maintien de l’ordre mais un signal politique fort qui se caractérise au niveau interne par la dissuasion et le contrôle : « faire taire toute contestation, instaurer un climat de peur pour décourager toute opposition, consolider son autorité. Le message ici serait du genre, ‘‘contester peut coûter cher’’ ». « C’est aussi un signal institutionnel notamment la fragilisation de l’Etat de droit et un possible glissement vers une logique plus autoritaire. Un signal aussi externe à travers la perception à l’international d’un recul démocratique, du non respect des droits fondamentaux, une méfiance pour les partenaires », estime-t-il. « Le comble peut être l’effet paradoxal que cela pourrait créer notamment la radicalisation de certains acteurs puisque l’étouffement ne peut être que temporaire. Dès lors, il est plus indiqué de libérer l’espace d’expression et de voir les citoyens exercer leur pouvoir de contrôle sur l’action gouvernementale, gage d’une gouvernance démocratique ».



