Sous-financement chronique, accès limité aux soins, vulnérabilité climatique : dans sa nouvelle stratégie régionale pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, la Banque mondiale dresse un constat sévère sur l’état du système sanitaire tchadien. Le rapport appelle à des réformes urgentes pour éviter une aggravation des fragilités déjà alimentées par les crises sécuritaires et climatiques.
La Banque mondiale a publié, début mai 2026, sa nouvelle stratégie régionale Santé, Nutrition et Population pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, intitulée En bonne santé pour prospérer. Ce document de 134 pages, élaboré en concertation avec les gouvernements de 21 pays de la région, définit une feuille de route à l’horizon 2030 afin d’améliorer l’accès aux soins pour près de 200 millions de personnes.
Au-delà des ambitions affichées, le rapport dresse un diagnostic particulièrement sévère pour le Tchad. Sous-financement chronique, accès limité aux structures de soins, vulnérabilité climatique et pression sécuritaire croissante : les indicateurs compilés par l’institution financière montrent l’ampleur des défis auxquels le système sanitaire tchadien reste confronté.
Moins de 4 000 FCFA par habitant consacrés à la santé
Le rapport classe le Tchad parmi les pays qui investissent le moins dans la santé publique en Afrique de l’Ouest et du Centre. Les dépenses de santé par habitant y sont estimées à moins de 4 000 francs CFA par an, un niveau parmi les plus faibles de la région.
Selon la Banque mondiale, cette faiblesse budgétaire limite fortement la capacité du pays à assurer des services de santé accessibles et de qualité. L’institution identifie ainsi le Tchad comme l’un des États devant prioritairement corriger la sous allocation des ressources au secteur sanitaire afin de garantir des progrès durables.
Un accès aux soins encore très inégal
L’accès géographique aux structures de santé demeure également l’un des principaux obstacles. D’après les données du rapport, environ un Tchadien sur deux vit à plus de trente minutes d’un établissement de santé, plaçant le pays parmi les plus mal desservis de la région.
Cette situation affecte particulièrement les zones rurales ainsi que les régions du nord et de l’est, où l’éloignement des infrastructures sanitaires se combine aux difficultés sécuritaires et aux déplacements de populations.
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Pour la Banque mondiale, l’insuffisance du maillage sanitaire contribue directement aux retards de prise en charge médicale, notamment pour les femmes enceintes, les enfants et les personnes atteintes de maladies chroniques.
Climat et conflits accentuent la pression sur le système sanitaire
Le rapport souligne également les effets combinés du changement climatique et des crises sécuritaires sur les systèmes de santé sahéliens.
Le Tchad figure parmi les cinq pays du Sahel où les coûts humains et économiques liés à la mortalité provoquée par les dérèglements climatiques pourraient représenter entre 10 et 20 % du PIB futur d’ici 2100.
Les inondations de 2022, qui avaient entraîné des déplacements massifs de populations et endommagé plusieurs infrastructures sanitaires, sont citées comme illustration de cette vulnérabilité croissante.
Parallèlement, le nombre de personnes déplacées sur le territoire tchadien aurait au moins triplé en vingt ans sous l’effet des crises régionales, notamment dans le bassin du lac Tchad et à la frontière soudanaise. Cette pression démographique supplémentaire pèse sur des structures de santé déjà fragiles et insuffisamment équipées.
Trois priorités identifiées par la Banque mondiale
Face à ces défis, la stratégie régionale de la Banque mondiale repose sur trois axes principaux : le renforcement des services de santé de première ligne, la réforme du financement du secteur sanitaire et le développement de systèmes de santé capables de résister aux crises climatiques, sécuritaires et épidémiques.
Pour les pays considérés comme fragiles, dont le Tchad, l’institution recommande notamment le déploiement accru d’agents de santé communautaires dans les zones rurales, ainsi qu’une meilleure exécution des budgets déjà alloués au secteur.
Le rapport reste toutefois discret sur une question structurelle majeure : la forte dépendance des finances publiques tchadiennes aux recettes pétrolières. Une variable pourtant déterminante pour la stabilité du financement de la santé à long terme.
Une équation budgétaire et politique
Au-delà des recommandations techniques, le rapport rappelle implicitement que l’amélioration du système sanitaire tchadien dépendra autant des choix budgétaires que de la capacité de l’État à maintenir des investissements réguliers malgré les fluctuations économiques et sécuritaires.
Dans un contexte régional marqué par la croissance démographique, les crises climatiques et l’instabilité sécuritaire, la santé apparaît désormais comme un enjeu central de stabilité et de développement.
Pour le Tchad, le défi ne consiste plus seulement à construire des centres de santé, mais à garantir durablement leur financement, leur fonctionnement et l’accès effectif des populations aux soins.
GADNODJI Nako
