Edito

Restaurer l’autorité de la puissance publique

Restaurer l’autorité de la puissance publique 1

Un policier qui force un contrôle, refuse d’obtempérer et tire sur des agents publics, des militaires circulant à trois ou quatre sur une moto sans plaque d’immatriculation au nez et à la barbe de la police routière, un délégué général du gouvernement qui fait élargir des détenus dont la procédure est en cours, des gros porteurs à l’origine de nombreux accidents de la voie publique que la mairie n’arrive pas à empêcher de circuler malgré plusieurs édits, un magistrat radié du corps pour indélicatesse mais nommé quelques semaines plus tard par la même signature qui l’a radié, des magistrats qui se font insulter par un ministre, portent plainte, mais finissent par reculer parce que le chef de l’Etat a soutenu le membre du gouvernement… On en écrirait un livre au lieu d’un simple éditorial. Telle est aujourd’hui l’image que donne le Tchad au quotidien.

Cet aperçu visible montre l’état de déliquescence de l’Etat et amène à se demander jusqu’où ira cet état de fait qui ne fait que se dégrader au jour le jour et dément le discours des autorités qui sans honte répète comme pour se convaincre qu’ils vont « restaurer l’autorité de l’Etat ».

En vérité, cette situation n’est que la conséquence de l’incurie dans la gouvernance au quotient qui a fini par saper millimètre par millimètre ce que représente l’Etat. Au nom d’un rééquilibrage au sein de l’appareil politico-sécuritaire, Idriss Déby puis son fils auraient peut-être assuré la promotion d’analphabètes, d’incompétents sur la seule base de la loyauté et autres affinités politiques qui ont fini par rendre l’administration inefficace. Si l’excuse au début était la recherche d’un contrôle sur l’appareil d’Etat, il ne tient plus après plus de 30 ans de règne. Qu’est ce qui a empêché de former ou recycler pendant ces années si la réelle intention était de prendre le contrôle de l’Etat, l’organiser et travailler à son développement ? Comment comprendre qu’en 2026 alors que l’Etat dispose d’écoles qui ont formé des administrateurs du territoire en nombre suffisant, des magistrats et responsables de régies financières aux compétences éprouvées, on se retrouve avec des semi lettrés et des individus au parcours douteux à des postes régaliens ?

Thomas Sankara disait qu’un « militaire sans formation est un criminel en puissance ». A l’identique, un combattant illettré reversé à la police par un tour de passe-passe administratif ne sera pas un agent soucieux de la sécurité de ses compatriotes et de leurs biens. Un juge, un régisseur, un gouverneur ou un préfet au parcours douteux ou nommé pour des raisons politiques ne sera qu’un oppresseur et non le représentant du père de la nation auprès des habitants de sa circonscription.

Ce qui manque et qui continuera à plonger le Tchad vers les abysses, c’est cette volonté politique de donner à tous les fils du Tchad avec équité la chance et servir la terre de leurs ancêtres. Cette posture a convaincu plus d’un que tant qu’on a le soutien d’un général ou d’un politicien haut placé, on pourra faire ce qu’on veut avec une garantie d’impunité. Dans un tel Etat, l’autorité de la puissance publique ne sera qu’une chimère.

La Rédaction