Politique

Conflit dans les localités de Teyba, Alriyad et Ambanata (17) : la Cndh mène une mission d’enquête

Suite aux affrontements meurtriers survenus dans les localités de Teyba, Alriyad et Ambanata (17), qui ont fait une vingtaine de morts, plus d’une soixantaine de blessés et plusieurs dizaines d’arrestations, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (Cndh) a envoyé une mission sur le terrain, théâtre des violences, pour s’imprégner des réalités. Sur place, les membres de la mission se sont entretenus avec plusieurs personnes issues des deux communautés en conflit et ont rendu visite à certains blessés. Ces rencontres ont été pour la Cndh l’occasion de recueillir des témoignages, de documenter les faits et de mieux appréhender les facteurs ayant conduit à l’escalade de la violence.

À travers les témoignages recueillis, il ressort un différend foncier aux origines anciennes, dont l’épisode le plus récent est parti d’un malentendu autour d’une parcelle de terre cultivable revendiquée par deux jeunes Bichechat et une femme. En effet, selon les témoignages, les activités agricoles sur les parcelles concernées avaient été suspendues par l’administration dans l’attente d’un règlement. Mais la situation aurait tout de même dégénéré après que la femme concernée a entrepris des travaux agricoles sur une parcelle, avant que l’un des jeunes Bichechat n’intervienne pour labourer le même espace, alors que de jeunes plants y avaient déjà germé. C’est cette goutte d’eau qui a fait déborder le vase et donné au conflit une dimension communautaire.

Alertées, les autorités locales se sont rendues sur les lieux afin de tenter de mettre fin aux hostilités. Mais le conflit s’étant propagé, elles ont sollicité des renforts auprès du délégué général du Gouvernement de la province du Batha, installé à Ati. D’après les informations recueillies, l’arrivée des renforts n’a pas empêché, dans l’immédiat, la poursuite des violences : les affrontements se sont amplifiés, occasionnant un lourd bilan humain et plusieurs arrestations.

Les origines de ce conflit remontent à 2011, lorsque les Bichechat, présentés comme des éleveurs transhumants, avaient sollicité auprès des autorités traditionnelles un espace leur permettant de s’installer avec leurs troupeaux. Le chef de canton avait alors répondu favorablement en délimitant 46 champs.

En 2013, soit deux ans plus tard, une nouvelle demande d’attribution avait été formulée. Le chef de canton en avait accepté le principe, mais exigeait la présence physique des personnes concernées avant toute nouvelle délimitation, une procédure contestée par le représentant des Bichechat, qui aurait saisi l’administration. Faute de dénouement au niveau départemental, le différend aurait ensuite été porté devant le gouverneur de l’époque, à Ati. C’est là qu’un accord a été trouvé, formalisé dans un procès-verbal dûment signé devant les autorités administratives, à la suite d’une médiation qui avait renoué le dialogue entre les deux parties.

Malgré cet accord, le différend a resurgi en 2023 : au terme d’une procédure judiciaire, une décision de justice a attribué le terrain à la partie Bichechat. Mais selon les témoignages recueillis par la Cndh, cette décision aurait également intégré des parcelles ne figurant pas dans le procès-verbal antérieurement établi par les autorités traditionnelles et administratives. Cette extension du périmètre concerné serait l’un des facteurs de la persistance des tensions entre les deux communautés.

Pour le moment, la CNDH note un retour progressif au calme, avec la présence renforcée des forces de défense et de sécurité. Parallèlement, des discussions sont engagées entre les représentants des deux communautés en vue de parvenir à un accord de réconciliation.

Au regard de ce qui précède, la Cndh indique maintenir son suivi en documentant les violations et atteintes aux droits de l’Homme, poursuivre l’écoute des victimes et des communautés affectées, et contribuer, dans le respect de son mandat, à la prévention d’éventuels conflits.

Mekila Alain