Dix ans après le discours de Ouagadougou, la France remet les compteurs à zéro. Les 11 et 12 mai, Paris et Nairobi coorganisent le sommet « Africa Forward », rassemblant chefs d’État africains, responsables gouvernementaux, entreprises et société civile autour d’un agenda ambitieux : innovation, investissement, croissance. Un rendez-vous présenté comme une nouvelle page dans les relations entre la France et le continent africain.
Le choix de Nairobi, un symbole
On ne choisit pas Nairobi par hasard. En optant pour la capitale kényane, anglophone et tournée vers l’Afrique de l’Est, Paris envoie un signal clair : la France ne mise plus uniquement sur son pré carré francophone. Et pour cause ce pré carré s’est considérablement rétréci. Au Mali, au Burkina Faso, au Niger, des pouvoirs militaires ont tourné le dos à Paris et ouvert les bras à Moscou. L’influence française en Afrique de l’Ouest francophone n’a jamais été aussi fragilisée.
Nairobi, c’est donc un repositionnement stratégique autant qu’un choix diplomatique. La France cherche de nouveaux partenaires là où elle n’avait pas l’habitude de chercher et où la concurrence russe, chinoise et turque est moins installée.
Un agenda large, des attentes précises
Les discussions porteront sur le financement du développement, la souveraineté alimentaire, le numérique, l’énergie, la santé et l’emploi des jeunes. Des thématiques volontairement larges, qui permettent d’associer acteurs publics et privés autour d’une vision commune. Mais derrière l’agenda officiel, les attentes africaines sont précises : des engagements concrets, des financements réels et une relation débarrassée enfin du paternalisme post-colonial que Macron promettait déjà d’enterrer à Ouagadougou en 2017.
Dix ans après, qu’est-ce qui a changé ?
La question mérite d’être posée. En 2017, Emmanuel Macron promettait depuis Ouagadougou une relation nouvelle avec l’Afrique, fondée sur le respect mutuel et le partenariat d’égal à égal. Dix ans plus tard, la France organise ce sommet depuis Nairobi non plus depuis Ouagadougou, ville dont elle a été priée de partir. Le symbole est cruel, mais instructif.
« Africa Forward » sera jugé non pas sur ses intentions, mais sur ses résultats. L’Afrique a appris, souvent à ses dépens, à distinguer les discours des actes. Paris le sait. C’est peut-être la nouveauté la plus significative de ce sommet : pour la première fois depuis longtemps, la France semble consciente qu’elle n’a plus les moyens de promettre sans tenir.
