EconomieChronique

Un million de FCFA pour comprendre les milliards du Tchad

Nous avons passé au crible le fascicule budgétaire 2026 pour décrypter les priorités de l’État, la répartition des crédits et le rythme des dépenses publiques.

Que représente un budget de plusieurs milliers de milliards de FCFA pour un citoyen ? Pour rendre ces montants plus accessibles, nous ramenons le budget de l’État tchadien à une échelle fictive d’un million de FCFA. Une manière de comprendre qui mobilise les crédits et à quel rythme.

Des écarts qui interrogent

Au 31 mars, un quart de l’année budgétaire était écoulé. À rythme régulier, chaque ministère aurait donc consommé environ 25 % de ses crédits. Pourtant, l’Action sociale en avait déjà utilisé 62 %, la Présidence 43 %, la Sécurité publique 30 %, les Routes 27 % et les Armées 24 %.

À l’inverse, l’Éducation nationale n’avait consommé que 17 % de ses crédits, la Santé 16 %, l’Enseignement supérieur 9 %, le Commerce et l’Industrie 6 % et les Transports seulement 2 %.

Pourquoi de tels écarts ? Les salaires et les transferts sont généralement versés chaque mois, tandis que les investissements nécessitent des appels d’offres, des marchés publics et des délais d’exécution. Un faible taux en mars ne signifie donc pas nécessairement qu’un secteur sera privé de financements. Mais il pose une question : lorsque la trésorerie se tend, quelles dépenses sont honorées en priorité ?

Des ressources sous pression

Pour 2026, l’État prévoit 2 275 milliards de FCFA de ressources pour 2 531,5 milliards de dépenses. Le déficit de 256,5 milliards doit être financé par l’emprunt.

Les chiffres du premier semestre illustrent les contraintes financières : les recettes pétrolières ont atteint 312 milliards de FCFA, contre 345 milliards de salaires versés. L’État avait également payé 64 % des intérêts de la dette intérieure prévus pour toute l’année.

Cette situation souligne l’importance des recettes pétrolières dans l’équilibre budgétaire et la nécessité d’arbitrer entre les dépenses courantes, le service de la dette et les investissements publics.

Au-delà des milliards, les résultats

Un taux d’exécution élevé ne garantit pas, à lui seul, de meilleurs services publics. À l’inverse, une faible consommation au premier trimestre ne prouve pas qu’un secteur est délaissé.

L’essentiel est de mesurer non seulement les crédits votés et dépensés, mais aussi les résultats obtenus pour la population.

À l’approche du budget 2027, une question demeure : comment transformer les milliards inscrits dans les comptes de l’État en améliorations concrètes pour les Tchadiens ?

GADNODJI Nako