Onze organisations de la Plateforme des féministes du Tchad alertent sur la recrudescence des discours faisant l’apologie des mutilations génitales féminines (MGF), notamment sur les réseaux sociaux. Dans une lettre ouverte adressée, le 3 septembre 2026, aux ministres en charge de la Femme et de la Justice, elles appellent les autorités à agir « fermement et immédiatement ».
Le Réseau des Jeunes Féministes d’Afrique Centrale (REJEFEMAC), la ligue tchadienne des droits des femmes (LTDF), l’AFLADEGT et huit autres organisations dénoncent une « régression inacceptable », marquée ces dernières semaines par des messages présentant l’excision comme une pratique culturelle, religieuse ou identitaire à préserver. « Voir ressurgir des discours encourageant les mutilations génitales féminines est profondément inquiétant », écrivent-elles.
Selon les signataires de la lettre , la banalisation de ces discours risque de fragiliser des années de mobilisation contre les MGF.
Les organisations féminines rappellent que la législation tchadienne interdit et sanctionne ces pratiques. Elles citent notamment l’Ordonnance n°003/PR/2025 sur la prévention et la répression des violences à l’égard des femmes et des filles, ainsi que la loi n°006/PR/2002 sur la santé de la reproduction, qui interdit les mutilations sexuelles féminines et réprime notamment leur promotion ou leur propagande.
Malgré cet arsenal juridique et les engagements internationaux du Tchad, les MGF restent répandues. Selon les données citées dans la lettre, environ 27 % des femmes et filles âgées de 15 à 49 ans ont subi une forme de mutilation génitale, une proportion qui pourrait atteindre 34 % selon d’autres estimations. Certaines provinces affichent des taux particulièrement élevés.
Face à cette situation, les onze organisations de la Plateforme des féministes du Tchad demandent aux autorités de renforcer la protection des filles exposées, d’assurer l’application effective des lois et de poursuivre les auteurs d’actes d’incitation, de promotion ou de propagande des MGF. « Les mutilations génitales féminines ne sont pas une tradition à défendre. Elles constituent une violation des droits humains à éliminer », martèlent-elles.
Elles réaffirment leur soutien aux autorités dans leurs efforts pour parvenir à l’abandon définitif de cette pratique, estimant que l’avenir du Tchad ne peut se construire sur « la perpétuation de pratiques portant atteinte à la santé, à la dignité et aux droits des femmes et des filles ».
Rahila BIASSOU TIL-NDECKA


