L’amphithéâtre Idriss Déby Itno de l’École Nationale d’Administration a accueilli jeudi une conférence-débat sur la bonne gouvernance, réunissant élèves fonctionnaires, auditeurs et personnalités invitées autour d’une question centrale : comment bâtir une administration publique intègre au Tchad ?
L’intervenant principal, Ousmane Abderamane Djougourou, Contrôleur général de l’Autorité Indépendante de Lutte contre la Corruption (AILC), a dressé un diagnostic sans concession du mal qui ronge les institutions tchadiennes. Faiblesse du système judiciaire, impunité persistante, népotisme, politisation de la fonction publique et absence de digitalisation figurent parmi les facteurs qu’il a identifiés comme terreau fertile à la corruption. « Lorsque les relations prennent le dessus sur les règles, c’est toute la crédibilité des institutions qui est remise en cause », a-t-il déclaré devant une salle attentive.
Les conséquences de ce phénomène sont lourdes : détérioration des services publics, fuite des investisseurs, creusement des inégalités et destruction de la culture du mérite. Autant de signaux qui, selon le conférencier, appellent des réformes structurelles urgentes.
Sur le terrain des solutions, Ousmane Abdelramane Djougourou a plaidé pour la promotion du mérite dans les recrutements, la digitalisation des procédures administratives, le renforcement des organes de contrôle et la protection des lanceurs d’alerte. Il a également mis en avant les résultats déjà enregistrés par l’AILC, notamment dans les douanes, la fiscalité et l’assainissement de certains concours administratifs.
Pour illustrer que le combat est gagnable, il a cité les exemples du Rwanda, du Botswana et de Singapour, trois pays qui ont su enrayer la corruption grâce à des institutions solides et à une culture de la redevabilité.
« La corruption n’est pas une fatalité. Elle recule partout où les institutions sont fortes et où les citoyens refusent la complaisance. » a conclu le Contrôleur général.
À travers cette initiative inscrite dans ses *Grands Rendez-vous*, l’ENA entend former une nouvelle génération de cadres publics porteurs d’une éthique de service et d’une gouvernance exemplaire au bénéfice de tous les Tchadiens.
AMADJIBEYE Prosper


