L’élevage s’impose comme la première branche d’activité de l’économie tchadienne. Selon les comptes nationaux semi-définitifs de 2025 publiés par l’Institut national de la statistique, des études économiques et démographiques (INSEED), il représente désormais 22,2 % du produit intérieur brut (PIB), contre 12,6 % pour l’extraction d’hydrocarbures. Une évolution qui témoigne du poids croissant des activités pastorales dans la richesse nationale, mais qui invite aussi à s’interroger sur la capacité du Tchad à mieux valoriser ses ressources.
En 2022, l’extraction d’hydrocarbures représentait encore 21,5 % du PIB, contre 19,2 % pour l’élevage. Trois ans plus tard, le rapport de force s’est inversé. Cette évolution s’explique notamment par la baisse des prix des hydrocarbures, qui a réduit leur poids dans la richesse nationale mesurée en valeur courante. Elle ne traduit toutefois pas un effondrement de la production pétrolière : en 2025, l’ensemble des activités extractives a progressé de 9,9 % en volume, selon l’INSEED.
L’élevage, un moteur de croissance
Avec une valeur ajoutée estimée à 2 768,1 milliards de francs CFA en 2025, l’élevage confirme son importance dans l’économie nationale. Son activité a progressé de 6 % en volume sur l’année, contribuant à hauteur de 1,2 point à la croissance du PIB. Sa contribution à la croissance est ainsi comparable à celle de l’agriculture vivrière.
Cette dynamique s’inscrit dans une progression de plus long terme. Entre 2020 et 2025, le volume de la valeur ajoutée de l’élevage a augmenté de 33,3 %, contre 7,8 % pour l’extraction d’hydrocarbures. Ces évolutions montrent que l’élevage constitue un pilier durable de l’activité économique, au-delà des fluctuations des cours du pétrole.
Son importance se manifeste également dans les dépenses des ménages. En 2025, les dépenses consacrées aux produits de l’élevage et de la chasse ont atteint 1 003,1 milliards de francs CFA, en hausse de 16,3 % par rapport à 2024. Cette progression reflète à la fois l’évolution des quantités consommées et celle des prix, qui ont augmenté de 9,9 % pour les produits de l’élevage.
Une richesse encore insuffisamment transformée ?
Le poids économique de l’élevage ne signifie pas que toute sa valeur potentielle est captée au Tchad. La question est désormais de savoir dans quelle mesure cette ressource peut soutenir le développement d’activités industrielles, créer des emplois et accroître les revenus sur l’ensemble de la chaîne de valeur.
La transformation locale de la viande, la collecte et la transformation du lait, le traitement des peaux et du cuir, ainsi que le développement d’industries agroalimentaires représentent autant de pistes de valorisation. Elles pourraient permettre de conserver une plus grande part de la valeur ajoutée dans l’économie nationale, plutôt que de dépendre principalement de la vente d’animaux vivants ou de produits peu transformés.
Les données de l’INSEED soulignent cependant un contraste : les industries agroalimentaires représentent environ 4,3 % du PIB en 2025, tandis que les exportations de produits agroalimentaires ont reculé de 17,7 % en volume. Cette situation pose la question des capacités de transformation, des infrastructures, de l’accès au financement et des débouchés commerciaux.
Au-delà du pétrole, le défi de la valeur ajoutée
Le pétrole conserve une place importante dans l’économie tchadienne. En 2025, l’ensemble des activités extractives représentait encore 15,1 % du PIB. Mais la comparaison avec l’élevage rappelle que la richesse nationale ne dépend pas uniquement des hydrocarbures.
Le véritable enjeu consiste à transformer le poids économique de l’élevage en gains de productivité, en emplois et en revenus plus élevés. Cela suppose de renforcer les infrastructures de conservation et de transport, de faciliter l’accès au financement des entreprises de transformation et de structurer les circuits de commercialisation.
Le Tchad dispose d’un atout économique majeur avec son cheptel. Reste à convertir davantage cette ressource en valeur ajoutée locale. Car le poids d’une activité dans le PIB ne suffit pas, à lui seul, à mesurer sa contribution au développement : encore faut-il que la richesse qu’elle génère irrigue durablement l’économie nationale.
GADNODJI Nako
Sources : INSEED, Comptes nationaux semi-définitifs 2025 et définitifs 2024, base 2017 (octobre 2026), tableaux A7, A8, A9, A10, A11 et A13
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