Opinion

Tchad : quand le partenaire russe ne suffit pas

Tchad : quand le partenaire russe ne suffit pas 1

Face aux limites du partenariat russe qui peine à répondre à l’ensemble de ses attentes sécuritaires et stratégiques, le Tchad a choisi la diversification de ses partenariats. N’Djamena cherche ainsi à multiplier les options de coopération afin de préserver sa souveraineté, de limiter sa dépendance envers un seul acteur et de garder la maîtrise de ses choix stratégiques.

L’insuffisance du partenariat russe

En janvier et juin 2024, des discussions portant sur l’approfondissement des relations bilatérales russo-tchadiennes avaient en effet été menées dans les secteurs militaire, économique et diplomatique. En outre, après la décision du Tchad de mettre fin à son accord de coopération militaire avec la France en novembre 2024, Moscou avait pu envisager un renforcement de son influence dans le pays, dans un contexte de recomposition des partenariats sécuritaires au Sahel. Mais dans les faits, la Russie peine à s’imposer comme un partenaire de substitution et ce dans l’ensemble de la sous-région.

La coopération russe, notamment dans le domaine militaire, peine à s’imposer comme une solution couvrant l’ensemble des besoins tchadiens. [1] Au Mali, la persistance des attaques djihadistes malgré le soutien russe illustre les limites de ce partenariat. Au-delà de ces résultats mitigés, la présence russe peut également alimenter les tensions régionales. [2]L’incident survenu à la frontière tchado-centrafricaine le 10 octobre 2026 – qui impliquerait des mercenaires russes selon le journaliste d’investigation Thomas Dietrich – et qui a conduit N’Djamena à convoquer l’ambassadeur centrafricain, en témoigne. [3]

Pour les autorités tchadiennes, l’enjeu consiste à multiplier les interlocuteurs susceptibles de répondre à leurs besoins sécuritaires et militaires. Le recours à différents partenaires illustre cette volonté de préserver plusieurs options. [4] La diversification constitue ainsi un moyen d’assumer la souveraineté de N’Djamena, de limiter sa dépendance envers un seul acteur et de rechercher des coopérations davantage adaptées à ses priorités nationales.

Une diversification des partenariats tchadiens

Depuis 2024, le Tchad entreprend en effet une diversification de ses partenariats internationaux, particulièrement dans les domaines militaire, sécuritaire et économique. Cette évolution se traduit par la multiplication des interlocuteurs de N’Djamena, entre puissances régionales, partenaires émergents et acteurs occidentaux.

En janvier 2025, des rapprochements avec la Chine, la Turquie et les Émirats arabes unis ont notamment été impulsés. La Chine occupe une place importante dans les échanges commerciaux et le secteur pétrolier du Tchad, tandis que la Turquie fournit notamment des drones, des véhicules blindés et une assistance technique à l’armée tchadienne. Les Émirats arabes unis constituent, pour leur part, un partenaire financier important, ayant accordé des prêts à N’Djamena et fourni des équipements militaires. Ces trois pays offrent ainsi des formes de coopération complémentaires, allant du commerce et du financement aux capacités de défense.

Sans oublier les États-Unis avec qui le Tchad conserve des liens, ainsi que ses partenaires régionaux : le Tchad a redynamisé ses coopérations sécuritaires transfrontalières, notamment avec le Cameroun. Ces relations élargissent les possibilités de coopération ; au-delà des partenariats avec les seules puissances qui cherchent à renforcer leur présence militaire au Sahel.

Enfin, le 13 octobre 2026, le Tchad a réengagé sa coopération militaire avec la France, axée sur la formation, l’expertise, l’industrie et les technologies de défense. Cette reprise, qui ne prévoit pas le retour du dispositif permanent antérieur, illustre la volonté de N’Djamena de réajuster ses relations avec ses partenaires historiques.

Les limites du modèle hégémonique russe en Afrique entraînent aujourd’hui une réponse concrète des États africains partenaires. Dans ce contexte, le Tchad choisit d’adopter une stratégie pragmatique, allant jusqu’à renouer avec des puissances dont le pays s’était éloigné, comme la France. Pour N’Djamena, il s’agit ainsi de mobiliser des compétences et des moyens dont il estime avoir besoin, tout en conservant la maîtrise de ses choix stratégiques.

Abel Ndembassa-Keté, chercheur et analyste politique.

[1] https://issafrica.org/iss-today/chad-s-quiet-return-to-french-military-support

[2] https://www.africanews.com/2025/06/10/russia-says-it-plans-to-boost-economic-and-military-cooperation-with-africa/

[3]https://www.channelafrica.co.za/channelafrica/news/chad-summons-car-ambassador-following-fatal-border-incursion/

[4] https://issafrica.org/iss-today/chad-s-quiet-return-to-french-military-support

Sources :

[1] : Remadji Hoinathy, 19 août 2026. « Le retour discret du Tchad au soutien militaire français », Institute for Security Studies (ISS). https://issafrica.org/iss-today/chad-s-quiet-return-to-french-military-support

[2] : « La Russie affirme vouloir renforcer sa coopération économique et militaire avec l’Afrique », Africa News, 10 juin 2025. https://www.africanews.com/2025/06/10/russia-says-it-plans-to-boost-economic-and-military-cooperation-with-africa/

[3] : Asanda Zondi, 14 octobre 2026. « Le Tchad convoque l’ambassadeur de la RCA suite à une incursion mortelle à la frontière », Channel Africa.