Chaque année, le mois d’octobre se pare de rose. Banderoles, tee-shirts, marches sportives et campagnes de sensibilisation envahissent l’espace public pour rappeler l’urgence de la lutte contre le cancer du sein. Ce jeudi 1er octobre 2026, le Tchad rejoint une nouvelle fois cette mobilisation internationale. À N’Djaména, la Ligue tchadienne de lutte contre le cancer (LTCC) a donné le coup d’envoi des activités d’Octobre Rose, placées cette année sous le thème.: « Ensemble on est fort: Protégeons les femmes du cancer ».
Mais derrière le décor des podiums, les sourires et les slogans fédérateurs, une autre réalité s’impose, celle des malades du cancer du sein . Car une fois les banderoles rangées et les projecteurs éteints, la maladie, elle, ne disparaît pas. Dans les hôpitaux, des patients continuent de se battre pour accéder aux soins, aux traitements et à une prise en charge à la hauteur de leur souffrance. Loin des caméras, certaines femmes prient chaque jour pour survivre à un mal que le bruit médiatique ne soigne pas.
Le paradoxe est là. En octobre, le cancer du sein occupe davantage l’espace public, mais cette visibilité ne doit pas faire oublier l’essentiel. Sensibiliser, informer et encourager le dépistage précoce sont indispensables. Mais que se passe-t-il lorsque le dépistage révèle la maladie ? C’est à ce moment que commence une autre bataille, celle de l’accès aux soins.
Ministères, entreprises, personnalités publiques et organisations rivalisent alors d’initiatives pour afficher leur engagement, à travers des campagnes de communication, la distribution de tee-shirts, des marches, des séances de sport et d’autres activités de mobilisation. Ces actions ont leur utilité. Elles permettent de parler d’une maladie encore entourée de tabous et d’encourager les femmes à se faire dépister. Mais elles ne peuvent, à elles seules, constituer une réponse durable au cancer du sein.
La lutte contre le cancer du sein ne se mesure pas à la quantité de tee-shirts distribués, mais à la qualité des soins accessibles à tous. Elle exige des infrastructures adaptées, des professionnels formés, des traitements disponibles et financièrement accessibles, mais aussi un accompagnement digne des patients et de leurs familles. Les malades ont besoin de moins de discours et davantage d’actes, avec des hôpitaux équipés, des médicaments disponibles et une prise en charge qui ne s’arrête pas au diagnostic.
Les données disponibles donnent une idée du poids du problème. Le Registre populationnel du cancer de N’Djaména a enregistré 1 173 nouveaux cas en 2022. Le cancer du sein représentait 12 % de ces cas et celui du col de l’utérus 10,3 %. Ces chiffres, qui concernent N’Djaména et l’année 2022, ne permettent pas à eux seuls de mesurer la situation nationale actuelle. Ils rappellent néanmoins que derrière les statistiques se trouvent des femmes et des hommes confrontés chaque jour à la maladie.
À l’occasion du lancement d’Octobre Rose 2026, la LTCC ne s’est d’ailleurs pas limitée à appeler à la sensibilisation. Elle a également interpellé les autorités sur la question de la prise en charge. La Ligue rappelle qu’une première pierre avait été posée en 2024 pour la construction d’un centre dédié aux personnes atteintes de cancer à N’Djaména et demande que ce projet connaisse une concrétisation effective.
Le message mérite d’être entendu. Car une politique efficace de lutte contre le cancer du sein ne peut reposer uniquement sur une mobilisation ponctuelle chaque mois d’octobre. Elle doit s’inscrire dans la durée, avec des moyens à la hauteur des besoins. Le dépistage doit ouvrir la porte aux soins, et non conduire le malade à une nouvelle épreuve faite d’attente, de difficultés d’accès aux traitements et d’incertitude.
Sans un engagement budgétaire fort et une solidarité effective envers les malades, Octobre Rose risque alors de devenir un rituel qui se répète chaque année sans suffisamment transformer la réalité de celles et ceux qui vivent avec le cancer. La sensibilisation restera nécessaire, mais elle ne doit jamais devenir une fin en soi.
À l’heure où N’Djaména s’illumine de rose, peut-être est-il temps de peindre aussi les couloirs des hôpitaux de cette même couleur d’espoir. Non pas pour la photo, mais pour rendre leur dignité à celles et ceux qui se battent pour vivre.
Edith Kedaï


