À la veille de la session de rattrapage du Baccalauréat 2026, l’heure est à la mobilisation dans les établissements scolaires. Alors que des milliers de candidats s’apprêtent à jouer leur dernière carte, le bilan mitigé du premier tour marqué par un taux de réussite national de 26,24 % relance le débat sur les fragilités persistantes du système éducatif tchadien.
La course contre la montre des candidats
Dans les lycées, l’atmosphère est empreinte de stress et d’incertitude. Pour Djounitangué, élève en terminale D, la déception reste vive.
« Des sujets de physique-chimie et de philosophie portaient sur des chapitres que nous n’avions pas étudiés en classe. C’est ce qui m’a pénalisé. »
Un constat partagé par Assoum Thomas, en Terminale A, qui estime que les grèves répétées ont empêché les enseignants d’achever le programme, notamment en histoire-géographie.
Malgré la pression, les chefs d’établissement tentent de maintenir le moral des candidats. « Ils sont sereins et déterminés. Ils nous ont promis de faire 100 % », confie un proviseur, tout en appelant à une vigilance accrue contre la fraude afin que ce second tour se déroule « dans les meilleures conditions ».
Un système éducatif à deux vitesses
Pour les responsables pédagogiques, la légère progression du taux de réussite par rapport à l’année précédente où il était inférieur à 25 % ne saurait masquer les difficultés structurelles.
« Dans les établissements privés, où les conditions d’apprentissage sont réunies, les résultats sont généralement satisfaisants. En revanche, dans les zones reculées, le manque d’enseignants, la démotivation du personnel et les conditions climatiques extrêmes compromettent sérieusement les performances des élèves », analyse un proviseur.
Un autre responsable déplore également la disparition progressive de certaines pratiques pédagogiques qui faisaient autrefois leurs preuves.
« Les travaux dirigés organisés en dehors des heures de cours permettaient aux élèves de se familiariser avec les sujets d’examen. Cette culture disparaît peu à peu, tout comme l’accompagnement psychologique des candidats avant leur premier examen national. »
L’échec de l’orientation, un mal profond
Au-delà des résultats du baccalauréat, c’est la question de l’orientation scolaire et professionnelle qui suscite les plus grandes inquiétudes.
Selon un inspecteur de l’orientation, le système actuel montre de profondes limites.
« Les ministères ne disposent pas de mécanismes suffisamment développés pour assurer une véritable orientation des élèves. Très souvent, le choix d’une filière est dicté par les ambitions des parents, le manque de débouchés ou les circonstances, plutôt que par un véritable projet professionnel. »
Cette situation favorise une importante déperdition scolaire.
« Beaucoup de jeunes abandonnent leurs études sans qualification. D’autres s’inscrivent dans des filières comme les lettres modernes, non par vocation, mais simplement pour éviter de rester inactifs. Cette orientation par défaut alimente ensuite le chômage des diplômés. »
Demain, le verdict
Demain, des milliers de candidats tenteront de renverser la tendance.
Pour Tarmadji Amos, le plan est déjà arrêté :
« Si j’échoue, je reprendrai le bac en candidat libre avant de m’orienter vers le commerce. »
D’autres continuent de nourrir l’espoir d’intégrer la médecine, la mécanique automobile ou d’autres filières correspondant à leurs ambitions.
Au-delà des statistiques, le Baccalauréat 2026 met une nouvelle fois en lumière les défis majeurs auxquels est confronté le système éducatif tchadien. Il rappelle que la réussite scolaire ne dépend pas uniquement du talent ou du travail des élèves, mais aussi de la stabilité des enseignements, de l’accès à des ressources pédagogiques de qualité et d’une politique d’orientation capable d’accompagner chaque jeune vers un parcours choisi plutôt que subi.
AMADJIBEYE Prosper
