Du 30 au 31 janvier dernier, l’Union des radios privées du Tchad (URPT) a tenu son congrès électif à Koundoul. À l’issue des travaux, Allahissem Ange Godoulo a été porté à la présidence. Quelques jours après son élection, il a accordé un entretien à notre rédaction pour aborder les défis majeurs et les perspectives de son mandat.
1 – Vous venez d’être élu à la présidence de l’URPT. Quelles sont vos premières impressions ?
Je prends les rênes de l’Union au moment où la plupart des radios membres traversent de lourdes turbulences. Ces difficultés sont d’abord énergétiques, entravant la régularité des diffusions. Elles sont aussi humaines, avec un manque criant de personnel qualifié, le travail reposant souvent sur des bénévoles. Enfin, il existe des lacunes techniques dans la production des contenus. Nous arrivons dans un contexte complexe où les priorités sont multiples, mais nous ferons de notre mieux pour répondre aux préoccupations de nos membres
2 – Quels sont les défis prioritaires que votre équipe entend relever ?
Les défis sont immenses, mais l’urgence est à la visibilité. L’Union n’avait pas tenu de congrès depuis huit ans. Entre démissions et ralentissement des activités, notre premier chantier sera de redynamiser l’organisation sur les plans administratif et structurel.
Ensuite vient le défi de la formation. Actuellement, le contenu de nombreuses radios manque d’attractivité. Nous comptons organiser des sessions sur les techniques de production, mais aussi sur la viabilité économique. Nos radios manquent de moyens et ne savent pas toujours comment chercher de l’argent pour survivre. Enfin, nous allons traiter les nombreuses demandes d’adhésion restées en instance pour renforcer notre base.
3 – À l’ère des NTIC, où le numérique prend progressivement le pas sur les radios traditionnelles, quelles mesures envisagez-vous de prendre pour répondre à cette transition incontournable ?
C’est un sujet crucial qui a fait l’objet de longs débats lors du congrès. Nous avons pris la résolution d’accompagner chaque radio membre dans la création d’une plateforme numérique dédiée à la diffusion de podcasts d’ici la fin de l’année 2026. C’est un véritable challenge que nous sommes prêts à relever.
Notre ambition est de bâtir un réseau solide où les productions analogiques seront systématiquement relayées sur le web et les réseaux sociaux. Avec l’appui d’experts techniques, nous allons étudier des modèles permettant à ces outils de générer des revenus, car aujourd’hui, ne pas être présent sur le numérique revient à être totalement déconnecté du monde. Malgré les défis persistants liés au coût élevé de l’internet et de l’énergie, nous nous donnons trois ans pour que cette unité numérique soit pleinement opérationnelle.
4 – Quel message souhaitez-vous adresser en conclusion à vos confrères du monde de la radio ?
Nous restons ouverts à tous. Chacun peut venir avec des suggestions et des orientations, car nous ne pourrons pas réussir seuls. J’invite les confrères des radios qui nous suivent, au Tchad comme à l’étranger, à nous rejoindre : c’est ensemble que nous serons plus forts.
D’ici quelques semaines, nous célébrerons la Journée mondiale de la radio (13 février). Je souhaite que nous nous retrouvions, membres ou non de l’Union, pour redonner à cette journée le cachet qu’elle mérite. Nous voulons en faire un moment de réflexion, avec des débats dans les universités pour exposer nos réalités. Beaucoup de partenaires ignorent l’ampleur de nos difficultés : travailler avec un seul studio ou effectuer des reportages sans enregistreur est un défi quotidien. En célébrant cette journée avec force, nous solliciterons l’appui nécessaire pour moderniser notre secteur.
Interview réalisée par Rahila Biassou


