Le collectif des avocats du général Abdoulaye Miskine, de son vrai nom Martin Koumtanmadji, a animé ce mardi une conférence de presse dans la grande salle de la radio FM Liberté. Objectif : dénoncer le verdict rendu le 9 septembre 2026 par la première chambre criminelle de la Cour d’appel de N’Djamena, qui a condamné leur client à 15 ans d’emprisonnement ferme, et alerter sur son état de santé, jugé préoccupant après sept années de détention préventive.
Pour rappel, Abdoulaye Miskine est le chef du Front démocratique du peuple centrafricain (Fdpc), un mouvement armé signataire de l’accord de paix de Khartoum du 6 février 2019, il avait été nommé ministre de la Modernisation et de la Technologie moderne par le président centrafricain Faustin-Archange Touadéra. Alors qu’il devait rallier Bangui pour prendre ses fonctions, il avait choisi d’abord une descente sur le terrain pour interpeller le gouvernement centrafricain, accusé selon la défense d’avoir violé l’accord en bombardant une position tenue par le Fdpc.
C’est à cette occasion qu’il aurait été invité au Tchad par le général Mahamat Mamadou Aboubakar, alors directeur des renseignements militaires sous le président Idriss Déby Itno. Ce séjour s’est transformé en détention. Saisi d’une demande d’extradition centrafricaine, le Tchad l’a refusée, préférant juger lui-même le général et ses trois compagnons, déférés devant la justice le 1er juin 2020. Une information judiciaire avait été ouverte après la plainte avec constitution de partie civile déposée le 8 juin 2020 par l’association Casidho, au nom de 29 personnes se disant victimes de faits remontant à 2001-2002, période où Abdoulaye Miskine commandait la Garde présidentielle centrafricaine (Usp).
Une condamnation que la défense juge « inique »
Devant la presse, Me Mognan Kembetiade, du collectif des avocats de la défense, a vivement contesté le jugement rendu le 9 septembre. Selon lui, la localisation même du général au moment des faits invoqués contredit sa condamnation : « Le général Abdoulaye Miskine n’était ni sur le territoire centrafricain, ni sur le territoire tchadien, il se trouvait en exil à Lomé, au Togo », a-t-il déclaré.
L’avocat a également mis en cause la qualité des parties civiles présentées par la CASIDHO, affirmant que « aucune d’entre elles n’a jamais produit à la barre une pièce ou une attestation administrative prouvant sa nationalité » tchadienne, alors même que les faits reprochés se seraient déroulés en Centrafrique. Il a par ailleurs rappelé que « l’État tchadien ne s’est jamais constitué partie civile » dans ce dossier, jugeant dès lors « de mauvaise foi patente » toute accusation d’exactions commises sur le sol tchadien.
Sur le fond du jugement, Me Mognan Kembetiade a dénoncé une décision qui ne reposerait sur aucune preuve tangible : « Les faits retenus par la Cour ne réunissent pas tous les éléments constitutifs des infractions reprochées, mais elle condamne quand même les accusés sans recevoir la moindre preuve de l’accusation », s’indigne-t-il. Il a ajouté que la juridiction avait elle-même constaté l’absence du général sur les lieux au moment des faits, « mais le condamne néanmoins comme auteur matériel, sans établir sa présence, sa participation ou un quelconque acte de complicité ».
Un pourvoi en cassation déjà déposé
Face à ce qu’il qualifie de « verdict injuste », le collectif a formé un pourvoi en cassation dès le 11 septembre 2026, déposé au greffe de la cour d’appel de N’Djamena. Pour la défense, la Cour suprême devra se limiter à un contrôle de légalité de la décision, sans réexaminer les faits sur le fond. « La Cour suprême a cette mission d’exercer précisément un contrôle sur la légalité de la décision, et non une nouvelle appréciation générale des faits », a résumé Me Mognan Kembetiade.
La conférence de presse a également été l’occasion d’alerter sur l’état de santé du général Miskine, décrit comme sérieusement dégradé après sept ans de détention préventive à la maison d’arrêt de Klessoum. Selon la défense, il souffrirait notamment d’un problème rénal, de diabète, d’hypertension et de troubles cardiologiques et ophtalmologiques. Les avocats pointent des conditions carcérales jugées incompatibles avec cet état de santé : surpopulation, alimentation inadaptée, accès insuffisant aux médicaments, absence de médecin spécialisé, impossibilité de faire du sport en quartier de haute sécurité, et difficulté d’évacuation sanitaire.
Le collectif a adressé un appel direct au président de la République, le maréchal Mahamat Idriss Déby, précisant ne pas demander à l’exécutif de « se substituer au juge » ni de « remettre en cause l’autorité de la décision » rendue. « Il sollicite seulement que les considérations humanitaires liées à son état de santé et à sa situation pénitentiaire soient prises en considération », a insisté Me Mognan Kembetiade, rappelant que « la peine a pour objet de sanctionner une infraction ; elle ne saurait avoir pour conséquence de compromettre inutilement la vie ou l’intégrité physique » du condamné.


