Opinion

Mali : la justice confirme la condamnation de « Ras Bath » et « Rose Poivron »

Mali : la justice confirme la condamnation de « Ras Bath » et « Rose Poivron » 1

La justice malienne a confirmé, ce lundi 17 août, la condamnation du célèbre chroniqueur Mohamed Youssouf Bathily, plus connu sous le pseudonyme de Ras Bath, et de l’influenceuse Rokia Doumbia, surnommée « Rose Poivron » ou « Rose la Vie Chère ». La chambre criminelle de la cour d’appel de Bamako les a condamnés chacun à dix ans de réclusion criminelle, dont trois ans avec sursis, soit sept années de prison ferme.

Par Éric Topona.

Les juges ont ainsi suivi en grande partie les réquisitions du procureur de la République, qui avait demandé dix ans de prison ferme contre Ras Bath et dix ans, dont cinq avec sursis, contre Rokia Doumbia.

Les deux prévenus ont été reconnus coupables d’atteinte à la sûreté de l’État, d’association de malfaiteurs et d’atteinte au crédit de l’État et de ses institutions. L’affaire trouve son origine dans une émission de Ras Bath consacrée, en 2023, à la flambée des prix et aux difficultés économiques auxquelles étaient confrontés de nombreux Maliens.

Cette décision met un terme à plusieurs années de procédure judiciaire, engagée en 2023, qui a suscité une vive attention au Mali et des critiques de la part d’organisations de défense des droits humains.

Des échanges WhatsApp au cœur des débats

Au cours du procès, la cour a notamment cherché à établir l’existence d’une collaboration entre Ras Bath et Rokia Doumbia. Le chroniqueur avait invité à plusieurs reprises « Rose, la vie chère » dans ses émissions, où elle dénonçait elle aussi la hausse du coût de la vie.

Pour étayer cette thèse, la cour s’est appuyée notamment sur des échanges de messages entre les deux prévenus sur WhatsApp.

Les avocats de Ras Bath ont, pour leur part, rejeté les accusations portées contre leur client et contesté les éléments avancés par l’accusation.

Une figure très suivie de la jeunesse malienne

Ras Bath est l’une des voix les plus connues de la scène médiatique malienne. À travers ses émissions « Cartes sur table » et « Le Grand dossier », il s’est imposé comme un chroniqueur particulièrement critique du pouvoir et des élites politiques.

Ses programmes ont souvent donné la parole à des acteurs marginalisés de la société et abordé des questions sociales, économiques et politiques qui touchent directement les Maliens. Son franc-parler lui a valu une importante popularité, notamment auprès de la jeunesse, mais également plusieurs démêlés avec la justice.

En août 2016, Ras Bath avait été arrêté pour « incitation à la désobéissance des troupes ». Il avait été libéré deux jours plus tard, sous la pression de ses nombreux sympathisants.

En juillet 2017, il avait été condamné à douze mois de prison ferme alors qu’il se trouvait à l’étranger, sans toutefois purger cette peine.

Le chroniqueur avait également participé, en 2020, au mouvement contestataire M5-RFP, qui avait contribué à la chute du président Ibrahim Boubacar Keïta.

En décembre 2020, il avait de nouveau été interpellé dans le cadre d’une affaire de supposé complot contre la junte militaire. La procédure avait finalement été annulée faute de preuves suffisantes et Ras Bath avait recouvré la liberté en avril 2021.

Une affaire qui remonte à mars 2023

Avant même le dossier ayant conduit à sa condamnation confirmée ce lundi, Ras Bath était déjà détenu depuis mars 2023. Il avait été poursuivi après avoir affirmé que l’ancien Premier ministre malien Soumeylou Boubèye Maïga, mort en détention en mars 2022, avait été « assassiné ».

Avec cette nouvelle condamnation, le célèbre chroniqueur devra donc passer encore plusieurs années derrière les barreaux. Une décision qui relance, au Mali, le débat sur les limites de la liberté d’expression, le traitement judiciaire des voix critiques et l’espace laissé à la contestation dans un pays dirigé par les militaires depuis les coups d’État de 2020 et 2021.