Economie

N’Djaména accueille la 2ème session ordinaire 2026 du Comité Ministériel de l’Umac

N'Djaména accueille la 2ème session ordinaire 2026 du Comité Ministériel de l'Umac 1

Réunis dans la capitale tchadienne le mercredi 22 juillet 2026 pour la deuxième session ordinaire de l’année en cours du Comité ministériel de l’Union monétaire de l’Afrique centrale (Umac), les ministres des Finances de la Cemac dressent un bilan positif de la conjoncture et tracent la voie des réformes à venir.

Comme le veut désormais la tradition, la rencontre s’est tenue dans la capitale tchadienne après le Conseil d’administration de la BEAC, et a permis aux six délégations de faire le point sur la santé monétaire, financière et économique de la sous-région.

Sur la table : la conjoncture économique de la CEMAC, les perspectives macroéconomiques, les réserves de change, la coopération avec le FMI, mais aussi une série de réformes qui touchent directement au fonctionnement du secteur financier régional. Le collectif budgétaire 2026 de la BEAC, les réformes bancaires, les services de paiement, la médiation bancaire, le rapport annuel de la COSUMAF ou encore le dossier GABAC figuraient également à l’agenda.

Une économie qui tient bon, malgré les turbulences

Le monde traverse une période agitée, entre tensions géopolitiques et croissance mondiale en perte de vitesse. La zone CEMAC, elle, résiste plutôt bien. L’inflation reste sous contrôle, en dessous du seuil communautaire de 3 %, et ce, malgré un léger coup de mou de l’activité économique au premier trimestre 2026. Le secteur privé a fait preuve de dynamisme, et une gestion prudente des prix à la pompe a permis de limiter les pressions sur les prix.

Du côté des banques, la trésorerie reste excédentaire et la qualité des portefeuilles de crédits continue de s’améliorer. Mais les ministres le rappellent : rien n’est acquis. Pour consolider cette trajectoire, il faudra poursuivre les réformes structurelles, tenir les finances publiques d’une main ferme et renforcer la capacité de la sous-région à encaisser les chocs, qu’ils viennent de l’intérieur ou de l’extérieur.

Vers 3,2 % de croissance en 2026

Les prévisions restent encourageantes. La croissance de la zone CEMAC devrait atteindre 3,2 % en 2026, portée par une stabilisation des prix et de meilleurs termes de l’échange. Et la tendance devrait se confirmer sur la durée : entre 2027 et 2029, la croissance moyenne annuelle est attendue autour de 3,6 %, grâce notamment à la diversification progressive des économies, au développement de la transformation locale et à la poursuite des réformes engagées.

Ces perspectives restent toutefois suspendues à deux inconnues : l’évolution de l’environnement international, sur laquelle la sous-région n’a aucune prise, et la capacité des États à garder le cap sur leurs équilibres macroéconomiques. Le Comité Ministériel identifie quatre défis prioritaires pour les années à venir : diversifier les économies, mobiliser davantage de recettes, renforcer la résilience face aux chocs extérieurs et gagner en compétitivité.

FMI : une coopération à relancer

Autre dossier suivi de près : la relation avec le Fonds monétaire international, pilier de longue date de la stabilité macroéconomique régionale. Le Comité Ministériel reconnaît que des retards dans la finalisation des assurances régionales freinent la mobilisation de financements concessionnels pourtant nécessaires pour accompagner les programmes économiques des États membres.

Pour débloquer la situation, une concertation avec les partenaires techniques et financiers est programmée le 7 octobre 2026, à N’Djaména. L’objectif : faire le point sur les progrès accomplis et redonner de l’élan à cette coopération, que les ministres jugent essentielle à la fois pour mobiliser des financements concessionnels et pour asseoir la crédibilité des politiques économiques menées dans la sous-région.

Le Comité Ministériel s’est aussi penché sur le suivi des résolutions et recommandations des sessions précédentes, ainsi que sur l’adoption du collectif budgétaire 2026 de la BEAC. Des dossiers qui, sur le papier, semblent techniques, mais qui traduisent en réalité une volonté claire : moderniser la Banque centrale et la rendre plus efficace au service de l’Union Monétaire.

Paiements électroniques et médiation bancaire : le chantier avance

Autre priorité affichée par les ministres : moderniser les services financiers. D’un côté, la révision du cadre réglementaire applicable aux services de paiement, pensée pour mieux encadrer les nouveaux venus du secteur, notamment les fintechs et les agrégateurs de services de paiement. Les consultations avec les acteurs concernés doivent se conclure en septembre 2026, avant que les textes ne soient soumis à adoption lors d’une prochaine session.

De l’autre côté, la mise en œuvre du mécanisme communautaire de médiation bancaire, institué par un règlement de 2020. L’idée est simple : offrir aux consommateurs un recours indépendant, rapide et peu coûteux en cas de litige avec leur banque. Sur le terrain, tout n’est pas encore en place, et le Comité Ministériel a appelé les États membres à accélérer l’adoption des textes nationaux et la mise en place effective de ces dispositifs, pour mieux protéger les usagers des services bancaires.

« La santé économique et financière de notre sous-région est bonne »

À l’issue des travaux, le ministre des Finances et du budget de la République Centrafricaine, Hervé Ndoba s’est prêté la presse. Sur le fond, le ton était à la satisfaction. « La santé économique et financière de notre sous-région est bonne », a-t-il affirmé, estimant que l’évolution des paramètres macroéconomiques et budgétaires démontre que les réformes voulues par les chefs d’État sont bel et bien en train de porter leurs fruits. Il n’a toutefois pas éludé les difficultés : « la Cemac reste exposée à plusieurs chocs extérieurs, à commencer par le conflit au Moyen-Orient, mais aussi par des chocs sanitaires survenus tout près de la sous-région ».

Le ministre est revenu sur les principales décisions de la session, notamment l’adoption du collectif budgétaire de la Banque centrale, en hausse de 0,2 % seulement par rapport au budget initial, un ajustement qu’il a lui-même qualifié de mineur. Il a également évoqué l’examen et l’adoption des rapports de la Cosumaf, de la Cobac et du Gabac, saluant au passage les progrès réalisés par certains États vis-à-vis du GAFI. La Cobac, qu’il a décrite comme « le gendarme du système bancaire » de la sous-région, a de son côté fait état du renforcement de ses ressources humaines et de l’adoption d’une nouvelle loi bancaire.

Sur le dossier FMI, le ministre a indiqué que le Comité a pris connaissance de la restitution d’une récente mission du Fonds en zone Cemac. Une résolution a été adoptée pour qu’une mission de la Cemac, accompagnée de représentants des États membres, se rapproche du FMI et poursuive les discussions, avec en ligne de mire la reprise des programmes pour les pays dont l’accord précédent est arrivé à échéance.

Au terme de cette session, un constat s’impose : les six États membres de l’Umac entendent bien consolider la stabilité monétaire et financière de leur sous-région, sans pour autant relâcher l’effort sur les réformes structurelles nécessaires à une croissance plus diversifiée et plus résiliente.