Les crises sécuritaires monopolisent l’attention, mais derrière le bruit des armes, deux urgences sociales avancent discrètement et méritent qu’on s’y arrête.
Exister sur le papier pour exister dans la vie
Le 8 mai 2026, l’Organisation internationale (Oim) pour les migrations et l’Agence nationale des titres sécurisés (Anats) ont signé à N’Djamena un mémorandum d’entente destiné à améliorer les systèmes d’identification des populations. La cible : les déplacés, les retournés, les migrants ces centaines de milliers de personnes qui circulent sur le territoire tchadien sans documents administratifs, invisibles aux yeux de l’État comme à ceux des organisations humanitaires.
Au Tchad, ne pas exister sur le papier, c’est ne pas exister du tout. Pas d’accès à la santé, pas d’aide humanitaire, pas de scolarisation pour les enfants. L’accord entre l’OIM et l’ANATS tente de combler ce vide en renforçant les capacités techniques de l’administration et en facilitant l’enregistrement des personnes vulnérables. Un chantier discret, mais dont les effets concrets touchent directement les populations les plus fragilisées par les crises régionales.
Un système de santé au bord de l’asphyxie
Dans la même période, le directeur exécutif adjoint de l’UNFPA, Andrew Saberton, effectuait une visite à N’Djamena pour réaffirmer l’engagement de son institution aux côtés du Tchad. Après un déplacement dans l’est du pays début mai, il a salué les efforts des autorités dans l’accueil des réfugiés soudanais tout en pointant la réalité d’un système sanitaire sous pression extrême.
Les discussions avec le ministère de la Santé ont porté sur le financement des sages-femmes et le renforcement des capacités dans les zones reculées. Des besoins criants, dans un pays où la mortalité maternelle reste parmi les plus élevées du monde et où l’afflux massif de réfugiés soudanais depuis 2023 aggrave une situation déjà précaire. L’engagement onusien est réel. Mais les financements ne suivent pas et les partenaires internationaux alertent sur les risques croissants de sous-financement de l’aide humanitaire.
Deux combats, une même urgence
Identité administrative et santé maternelle peuvent sembler loin des préoccupations immédiates d’un pays en guerre contre le jihadisme. Ils en sont pourtant indissociables. Un État qui ne sait pas qui vit sur son territoire ne peut ni le protéger, ni le soigner, ni le mobiliser. La stabilité du Tchad se construit aussi là, dans ces combats oubliés que les caméras ne filment pas.



