Societé

Journée mondiale de la radio : « La radio et l’intelligence artificielle : l’IA est un outil, pas une voix »

Journée mondiale de la radio : « La radio et l’intelligence artificielle : l’IA est un outil, pas une voix » 1

Ce 13 février, les radios du monde entier célèbrent la Journée mondiale de la radio. Placée cette année sous le thème « La radio et l’intelligence artificielle : l’IA est un outil, pas une voix », cette commémoration met en lumière le rôle central de la radio à l’ère du numérique et des nouvelles technologies.

Instituée en 2011 par l’Unesco, cette initiative est née de la volonté de valoriser un métier souvent exposé aux pressions, aux menaces et aux intimidations, en particulier dans le secteur privé. Elle constitue également un cadre de réflexion sur les défis auxquels les journalistes sont confrontés au quotidien.

À l’occasion de cette célébration, notre rédaction s’est rendue dans les locaux de radios privées afin de recueillir les impressions des acteurs du secteur. Djikoloum Désiré, journaliste à la Radio Fm Liberté, exprime sa satisfaction : « En tant que journaliste, je me sens vraiment ravi de cette journée instaurée et j’encourage l’initiative de l’Unesco qui a instauré cette journée. De plus, cette journée est instaurée pour voir les conditions dans lesquelles les journalistes travaillent dans les rédactions, précisément dans les journaux, qui sont des médias chauds, comme on a l’habitude de le dire. »

Pour lui, cette date représente également un moment de bilan et d’interpellation. « C’est aussi l’occasion pour les journalistes de faire la rétrospective de tout ce que nous avons eu à faire comme activités, comme productions, et de lancer un appel à l’endroit des décideurs, des gouvernants et des dirigeants à travers le monde pour vraiment donner de l’importance à ce que les journalistes font, parce qu’ils sont des éclaireurs », ajoute Djikoloum Désiré.

Solange Kaye de la radio Vision Fm estime que la radio reste, plus que jamais, un vecteur essentiel d’information, de lien social et de culture, capable d’atteindre tous les coins du pays, même les plus reculés. « A Ndjamena comme ailleurs, la radio est une voix qui rapproche, informe et éduque. Etre journaliste à la radio, c’est être à la fois témoin et acteur de l’actualité, c’est choisir chaque jour d’éclairer la société avec rigueur et impartialité. Nous avons la responsabilité de donner la parole à ceux qui ne l’ont pas toujours, et de contribuer à une information de qualité pour tous. De ce fait, La radio a su évoluer avec son temps digitale, interactive, connectée, elle s’adapte aux nouveaux médias tout en conservant son rôle fondamental d’outil de proximité ». Pour elle, les défis sont nombreux : « maintenir l’exactitude de l’information, capter l’attention dans un monde saturé de contenu, et rester proches de nos auditeurs ». En cette journée de la radio, Solange Kaye rends hommage aux femmes et hommes de radio qui, chaque jour, donnent de leur voix pour informer, éduquer et divertir. « Continuons à faire de la radio un véritable pont entre les idées et les communautés. Que cette journée soit l’occasion de célébrer notre passion, notre engagement et notre rôle unique dans le développement de notre société », encourage-t-elle.

Du côté de la production, le constat est plus préoccupant. Le chef de production de la Fm Liberté, Mekondo Sony, qui souligne les difficultés persistantes rencontrées par les radios privées au Tchad : « Je me réjouis de cette Journée Mondiale de la Radio, qui marque un tournant décisif pour les radios au Tchad. Malheureusement, au Tchad, les radios privées éprouvent d’énormes difficultés, tant du point de vue matériel, financier que du personnel, parce que le nombre de personnes ne favorise pas la créativité et la radio exige beaucoup de temps. La radio, c’est l’instantané et il faut avoir le moral ainsi que les moyens pour qu’elle fonctionne. »

Il évoque également la question de l’aide publique à la presse, devenue irrégulière ces dernières années : « Les promoteurs des radios privées éprouvent d’énormes difficultés et l’État ne vient pas en aide comme par le passé, où l’aide à la presse était donnée chaque année. Malheureusement, ces derniers temps, il n’y a pas eu d’aide à la presse. Il y a des émetteurs qui tombent en panne, nous avons des problèmes d’énergie, l’insécurité des journalistes et ce qu’on appelle la rétention de l’information, alors que ces radios doivent informer objectivement la population tchadienne. »

Enfin, il appelle à une plus grande vigilance face aux contenus diffusés sur les réseaux sociaux : « La Journée mondiale de la radio doit nous emmener à réfléchir, à redoubler d’efforts pour que la population soit bien informée par rapport à l’actualité et à tout ce qui se passe. Mais il ne faudrait pas que les gens se fient davantage aux réseaux sociaux. Sur les réseaux sociaux, il y a des personnes qui écrivent sans pour autant vérifier les faits, alors qu’à la radio, toute information doit être vérifiée avant la diffusion. Il est temps que les autorités prennent ces radios à bras-le-corps pour les aider, parce qu’elles participent à la démocratie du pays. »

En cette Journée Mondiale de la Radio, les professionnels réaffirment ainsi leur engagement en faveur d’une information vérifiée, responsable et accessible à tous, malgré les nombreux défis auxquels ils demeurent confrontés.

Rahila Biassou Til-Ndecka, stagiaire