Edito

Le gouvernement laisse ExxonMobil faire

Le gouvernement laisse ExxonMobil faire 1

Laxisme ? Incapacité ? Inconscience ? L’attitude du gouvernement depuis le début du conflit entre ExxonMobil et ses employés tchadiens interroge. Cela fait deux mois que des centaines de père de famille ont été mis en chômage de manière unilatérale par un employeur qui refuse de leur verser leurs droits et comble de l’arrogance, les attrait en justice pour réclamer le paiement d’un montant de 31 milliards de francs Cfa à titre de dommages et intérêts pour le préjudice subi. L’affaire est en suspens pour le moment à cause de la grève des greffiers. Pendant ce temps, le major américain refuse la procédure d’arbitrage de la Cour d’Appel après le constat de non conciliation établi par l’inspecteur du travail de la ville de N’Djaména.
Comment un Etat qui se respecte peut-il laisser une entreprise maltraiter ainsi ses ressortissants sur son propre territoire ? Le respect de la procédure judiciaire ne peut justifier un tel mutisme surtout quand, après avoir licencié du personnel local, l’entreprise s’en va chercher de la main-d’œuvre étrangère au nez et à la barbe sinon avec la complicité des autorités. Le même gouvernement reste motus et bouche cousue quand deux tanks remplis de brut s’enflamment à Miandoum causant des dégâts qu’on imagine aisément sur l’environnement.
L’attitude du gouvernement fait craindre qu’il laissera filer, le moment venu, le major américain sans que celui-ci ne remplisse ses obligations environnementales et fiscalo-douanières. Sachant que Savannah Energy qui doit racheter les actifs n’a pas la même envergure qu’ExxonMobil, il est à craindre un marché de dupes à la fin, craignent les spécialistes.
Pour que ExxonMobil qui a pu exploiter le pétrole du bassin de Doba au prix de rudes batailles politiques débloquées par une caution morale de la Banque Mondiale parvienne à quitter le Tchad, celui doit être clean. Pas seulement vis-à-vis de ses employés qui réclament en plus des droits sociaux, une partie de leurs salaires versés sous forme d’épargne retraite, mais aussi de l’Etat tchadien dont il doit restaurer les sols, solder les questions fiscales et douanières.
Alors que ces sujets ne sont même pas évoqués, ExxonMobil entraîne ses employés et l’opinion dans une manœuvre de diversion qui lui fera gagner du temps et peut-être des alliés qui feront passer la pilule comme à chaque rendez-vous avec l’histoire.
Le conseil militaire de transition qui s’est engagé à assurer la continuité de l’Etat doit se pencher avec sérieux sur la situation de ces compatriotes dont les salaires nourrissent des centaines voire des milliers de bouche. Il y va de sa crédibilité et de son honneur.

La rédaction