Politique

Tchad : les syndicats de magistrats dénoncent les propos d’Ali Ahmat Aghabache contre la justice

Tchad : les syndicats de magistrats dénoncent les propos d’Ali Ahmat Aghabache contre la justice 1

Une vive polémique autour de déclarations du ministre de la Sécurité publique

Les relations entre le pouvoir exécutif et l’institution judiciaire traversent une nouvelle zone de turbulence au Tchad. Le Syndicat des Magistrats du Tchad (SMT) et le Syndicat Autonome des Magistrats du Tchad (SYAMAT) ont publié, le 25 mai 2026, un communiqué conjoint convoquant une Assemblée générale extraordinaire des magistrats.

Au cœur de cette mobilisation : les déclarations controversées du ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, le général Ali Ahmat Aghabache, accusé d’avoir publiquement appelé à ne pas respecter certaines décisions de justice.

Dans leur communiqué, les deux syndicats évoquent des « propos scandaleux » visant directement le pouvoir judiciaire. La rencontre est prévue le 26 mai 2026 au Palais de justice de N’Djamena.

Des propos jugés attentatoires à l’autorité judiciaire

La polémique trouve son origine dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux. On y voit le ministre s’exprimer avec virulence dans le cadre d’un litige foncier, contestant une ordonnance judiciaire liée à une affaire cadastrale.

Le ministre déclare notamment: « Déchirez-moi cette ordonnance ou passez-la-moi que je la déchire moi-même. »

Une phrase qui a immédiatement suscité l’indignation dans les milieux judiciaires et au sein de l’opinion publique. Plusieurs juristes estiment que ces propos constituent une incitation à la violation des décisions de justice et un mépris affiché envers l’institution judiciaire.

Les magistrats montent au créneau

Dans leur communiqué conjoint, le SMT et le SYAMAT appellent l’ensemble des magistrats à une « présence massive » et à une participation active à l’Assemblée générale extraordinaire.

Cette réaction syndicale traduit le malaise grandissant au sein de la magistrature, alors que plusieurs acteurs du secteur dénoncent depuis des années des pressions politiques sur les décisions judiciaires.

Pour de nombreux observateurs, les déclarations du ministre franchissent une ligne rouge en remettant publiquement en cause l’autorité des juges.

Une avalanche de réactions critiques

Lyadish Ahmed, avocat et ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats de Mayotte, réagissant à cette affaire, a qualifié les propos du ministre de « profondément scandaleux et consternants » sur son compte X (Twittter).

Selon lui, le gouvernement ne peut pas : «  instrumentaliser une partie de la magistrature lorsqu’elle sert ses intérêts, puis traiter les juges de corrompus lorsque des décisions lui déplaisent ».

L’avocat dénonce également une contradiction de l’exécutif, accusé tantôt d’influencer certaines décisions judiciaires, tantôt de discréditer publiquement la justice.

La lettre ouverte sévère d’un ancien magistrat

L’ancien magistrat Djimraye Bourngar a également réagi à travers une lettre ouverte particulièrement virulente adressée au ministre de la Sécurité publique.

Dans ce texte, il accuse Ali Ahmat Aghabache d’avoir humilié l’institution judiciaire et porté atteinte à la crédibilité de l’État tchadien.

Il rappelle notamment qu’aucune autorité administrative ne peut suspendre ou empêcher l’exécution d’une décision de justice, sauf les juridictions compétentes.

L’ancien magistrat appelle même le ministre à démissionner, estimant que cette sortie publique constitue une faute grave contre les principes de l’État de droit.

Le débat relancé sur l’indépendance de la justice

Au-delà de la polémique, cette affaire relance le débat sur l’indépendance de la justice au Tchad.

Depuis plusieurs années, des organisations de défense des droits humains, des avocats et des magistrats dénoncent des interférences politiques dans les affaires judiciaires sensibles, notamment dans les dossiers fonciers et politiques.

Les événements de ces derniers jours illustrent, selon plusieurs analystes, la fragilité persistante de la séparation des pouvoirs dans le pays.

Une Assemblée générale très attendue

L’Assemblée générale extraordinaire convoquée par les syndicats de magistrats est désormais très attendue. Elle pourrait déboucher sur des prises de position fortes, voire sur des actions de protestation de la corporation judiciaire.

Dans un contexte politique déjà marqué par de nombreuses tensions institutionnelles, cette affaire risque d’accentuer davantage le climat de méfiance entre l’exécutif et le pouvoir judiciaire.

Pour de nombreux Tchadiens, la question dépasse désormais la simple polémique politique : elle touche directement au respect de l’État de droit et à la crédibilité des institutions républicaines