Economie

Tchad : la déflation s’établit à -3,7 % sur un an

Les derniers chiffres de l’Indice National Harmonisé des Prix à la Consommation (INHPC) font apparaître une nouvelle baisse des prix au Tchad. En avril 2026, l’indice a reculé de 0,5 % par rapport au mois précédent, portant la déflation moyenne à -3,7 % sur les douze derniers mois. Une évolution qui pourrait, à première vue, être interprétée comme une amélioration du pouvoir d’achat. Derrière ces statistiques encourageantes se dessine pourtant une réalité économique plus contrastée.

Selon les données publiées par l’Institut National de la Statistique, des Études Économiques et Démographiques (INSEED), plusieurs secteurs ont contribué à ce repli. Le poste « Restaurants et hôtels » a notamment enregistré une baisse de 2,9 % sur un mois. Cette évolution intervient dans un contexte marqué par les fortes chaleurs du mois d’avril, période durant laquelle l’activité économique ralentit traditionnellement et la fréquentation des commerces diminue.

Le secteur alimentaire a également pesé dans la tendance baissière. Les prix des céréales ont chuté de 21,4 % en glissement annuel, sous l’effet de l’arrivée massive sur les marchés du berbéré, le sorgho repiqué de contre-saison, qui accroît l’offre disponible.

Bulletin mensuel de l’Indice National Harmonisé des Prix à la Consommation (INHPC)
TCHAD-AVRIL2026

D’autres produits de consommation courante ont également enregistré des baisses notables, notamment la viande (-4,5 %) et les fruits (-5,0 %). Cette évolution met aussi en lumière certaines contraintes structurelles. Sous des températures pouvant atteindre 45°C, et en l’absence d’infrastructures de stockage adaptées ou d’une chaîne du froid suffisamment développée, de nombreux commerçants sont contraints d’écouler rapidement leurs produits périssables afin de limiter les pertes.

Tchad : la déflation s’établit à -3,7 % sur un an 1

La situation demeure toutefois contrastée selon les régions. Alors que N’Djaména et Bol ont enregistré un recul des prix de 1,4 %, la ville d’Am-Timan a connu une hausse de 4,3 % en l’espace d’un mois. Cette divergence illustre les disparités territoriales persistantes ainsi que les difficultés logistiques qui continuent d’affecter certaines zones du pays.

Tchad : l’INSEED dévoile les statistiques économiques 2024-2025

Ces évolutions soulignent le décalage qui peut exister entre les indicateurs macroéconomiques et les réalités observées sur le terrain. Si les critères régionaux de convergence de la CEMAC peuvent y voir le signe d’une inflation maîtrisée, la déflation enregistrée en avril 2026 soulève une interrogation plus profonde sur l’état de l’économie réelle.

Car une baisse des prix ne traduit pas nécessairement une amélioration du niveau de vie. Dans certains contextes, elle peut également refléter une demande intérieure affaiblie, des difficultés d’écoulement de la production ou encore un ralentissement de la circulation monétaire. Autant de facteurs qui invitent à dépasser la seule lecture des statistiques pour apprécier la véritable santé économique du pays.

GADNODJI Nako