Développement

Rapport annuel 2025 du PNUD : le Tchad à l’épreuve de la gouvernance, du climat et de la pauvreté

Le Programme des Nations Unies pour le Développement a publié son rapport annuel 2025 consacré au Tchad. Un document qui décrit un pays engagé dans une phase de transformation politique et institutionnelle importante, mais encore confronté à des vulnérabilités profondes.

Après trois années de transition, 2025 apparaît comme un moment charnière. Le rapport estime que l’installation des nouvelles institutions ouvre une « opportunité rare » pour bâtir des bases plus durables en matière de gouvernance, de paix et de développement.

Mais derrière cette dynamique, les indicateurs restent préoccupants.

Le Tchad compte aujourd’hui 19,3 millions d’habitants, dont plus de 53 % ont moins de 15 ans. Le taux de pauvreté atteint 44,8 %, tandis que l’indice de développement humain demeure parmi les plus faibles au monde, avec un score de 0,416, classant le pays à la 190e place sur 193.

L’accès aux services essentiels reste également limité : seulement 11 % de la population a accès à l’électricité, la distance moyenne vers un centre de santé est estimée à 15 kilomètres, et le ratio est d’un médecin pour plus de 24 000 habitants.

Une administration qui amorce sa modernisation

Le rapport met particulièrement en avant les réformes engagées dans le domaine de la gouvernance.

L’une des avancées majeures concerne la numérisation des archives administratives. Selon le PNUD, près de 500 000 documents officiels et textes réglementaires produits depuis 1954 ont été sécurisés et rendus accessibles via une plateforme publique.

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Cette initiative vise à renforcer la transparence administrative et à faciliter l’accès des citoyens aux actes officiels de l’État.

Le gouvernement s’est également doté d’un système numérique de suivi de l’action publique baptisé « Guidam », piloté par le Secrétariat général du gouvernement. La plateforme permet un suivi structuré des performances gouvernementales et une meilleure disponibilité des données pour la prise de décision.

Sur le plan politique, le rapport note une progression de la représentation féminine après les élections de décembre 2024. Les femmes occupent désormais 37,68 % des sièges au Sénat, 34 % à l’Assemblée nationale ainsi que dans les conseils communaux, et 27 % dans les conseils provinciaux.

Le chantier de la décentralisation connaît aussi une accélération. Une feuille de route nationale sur dix ans a été élaborée, validée puis intégrée au budget 2026.

Des impacts visibles dans certaines localités

Le rapport insiste sur des changements concrets observés dans plusieurs provinces.

À Mandelia, dans le Hadjer-Lamis, une mini-centrale solaire de 50 kWc permet désormais à environ 1 200 personnes, dont 500 femmes, de bénéficier d’un accès continu à l’électricité.

Le projet a également permis le développement d’activités agricoles et de transformation grâce à des moulins et séchoirs solaires mis à disposition de groupements féminins.

Dans la province du Lac, le PNUD affirme que 63 % des ménages interrogés déclarent se sentir davantage en sécurité. Plus de 600 lampadaires solaires ont été installés ou sont en cours d’installation, tandis que des tribunaux de paix et des postes de gendarmerie ont été construits.

Le rapport évoque également un meilleur accès à la justice pour les populations locales ainsi qu’une reprise progressive des activités économiques.

À l’Est du pays, dans les zones affectées par l’afflux de réfugiés soudanais, des infrastructures hydrauliques et communautaires ont été développées à Iriba et Adré. Trois mille personnes, réfugiés et communautés hôtes confondus, ont désormais accès à l’eau potable grâce à un système d’adduction.

Le document indique par ailleurs que 500 conflits ont été résolus ou prévenus grâce à des mécanismes locaux de médiation et de prévention.

Santé, climat et numérique : des résultats mis en avant

Dans le secteur sanitaire, le rapport souligne les résultats de la campagne de chimio prévention saisonnière du paludisme.

Le PNUD affirme que 96 % des enfants âgés de 3 à 59 mois dans les districts ciblés ont été protégés contre le paludisme, tandis que 350 000 enfants ont été suivis numériquement via la plateforme DHIS2.

Le document met aussi en avant la digitalisation de la chaîne d’approvisionnement des médicaments et l’équipement de centres de santé en matériel médical et en systèmes solaires.

À N’Djaména, les actions de lutte contre les inondations ont permis le curage de neuf kilomètres de caniveaux et la réhabilitation de dix écoles intégrant des systèmes d’évacuation des eaux pluviales. Plus de 15 000 enfants évolueraient désormais dans des environnements scolaires mieux protégés contre les inondations.

Une jeunesse placée au cœur du discours

Le rapport accorde une place importante à la jeunesse tchadienne.

Plus de 1 000 jeunes ont participé à la deuxième édition du Forum YouthConnekt Sahel organisée à N’Djaména.

Sept jeunes innovateurs tchadiens ont bénéficié d’une formation intensive en intelligence artificielle en Guinée, tandis que cinq autres ont obtenu une certification en cybersécurité dans le cadre du projet Tech4Peace.

Le PNUD considère ces initiatives comme des leviers pour renforcer l’employabilité et l’innovation dans un pays où la jeunesse représente la majorité de la population.

Des acquis encore fragiles

Malgré ces avancées, le rapport reste prudent sur la capacité du pays à consolider durablement ces progrès.

Le document reconnaît que plusieurs résultats demeurent dépendants des financements extérieurs et restent concentrés dans certaines zones d’intervention.

Pour 2026, le PNUD prévoit notamment d’étendre les projets énergétiques inspirés du modèle de Mandelia, de renforcer les interventions dans le bassin du Lac Tchad et dans l’Est du pays, d’intensifier les programmes liés à l’intelligence artificielle pour les jeunes et d’accélérer la digitalisation du système judiciaire.

Au final, ce rapport dresse le portrait d’un Tchad en transition : un pays où certaines transformations deviennent visibles sur le terrain, mais où les défis structurels pauvreté, accès aux services, vulnérabilités climatiques et dépendance économique continuent de peser lourdement sur les perspectives de développement

GADNODJI Nako