Edito

Déguerpissement de Toukra Mousgoum : illustration de la malgouvernance foncière

Déguerpissement de Toukra Mousgoum : illustration de la malgouvernance foncière 1

Ce qui s’est passé la semaine dernière dans la commune du 9ᵉ arrondissement de N’Djamena mérite une attention particulière. L’opération de déguerpissement à Toukra Mousgoum  « improvisée » a laissé des centaines de familles sans abri, contraintes de passer leurs nuits à la belle étoile en pleine saison des pluies.

Au cœur de cette affaire, les autorités communales du 9ᵉ arrondissement. L’administrateur délégué, Fangnuizouné Paul, a tenu des propos devenus viraux sur les réseaux sociaux, à la suite du déguerpissement orchestré par sa commune. Cet acte a provoqué la réaction du ministre de l’Aménagement du territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat, Mahamat Assileck Halata, qui s’est rendu sur le terrain suivi de l’honorable Takilal Ndolassem pour constater la situation.

Mais au lieu d’apaiser les tensions, l’administrateur délégué s’est livré aux médias dans un ton jugé « peu courtois » : «Ces ministres ou hauts responsables, sils débarquent sans nous informer et sans passer par notre hiérarchie directe, une fois sur le terrain, les forces de défense et de sécurité que le chef de l’État a mises à notre disposition les chasseront comme des rats…». Des propos qui ont immédiatement suscité l’indignation.

La réponse des autorités de tutelle ne s’est pas fait attendre. Le Vice-premier ministre, ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Limane Mahamat, a suspendu Fangnuizouné Paul de ses fonctions pour « forfaiture ».

Car au-delà de ces querelles institutionnelles, c’est la population qui paie le prix fort. Des familles entières se retrouvent sans toit, exposées aux intempéries. Comment comprendre que des autorités communales procèdent à un déguerpissement en pleine saison des pluies, sans autorisation préalable et sans solution de relogement ? Le rôle des communes est d’administrer de manière responsable leur territoire, mais elles doivent agir dans le cadre fixé par l’État. Quant au gouvernement, il ne peut se contenter de jouer les sapeurs-pompiers après coup : il lui revient d’anticiper, de coordonner et de protéger les citoyens.

Cette affaire révèle une double défaillance : d’un côté, une commune qui outrepasse ses prérogatives ; de l’autre, un État qui réagit dans l’urgence au lieu de prévenir. Et ce sont les habitants de Toukra Mousgoum  qui en subissent les conséquences.  Au-delà du cas du 9ème arrondissement, cette situation illustre le grave état de malgouvernance du foncier dans notre pays. Et ce n’est pas pour rien que 80% des contentieux devant les tribunaux sont liés au foncier.

 La Rédaction