La Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC) a décidé de desserrer l’étau monétaire. Réuni le 29 juin 2026, son Comité de politique monétaire a annoncé une baisse de son principal taux directeur, qui passe de 4,75 % à 4,50 %. Cette décision vise à faciliter l’accès au crédit et à soutenir la reprise économique dans les six pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
Ces derniers mois, les conditions de financement étaient devenues particulièrement difficiles. Les taux d’intérêt appliqués par les banques commerciales sont restés élevés, atteignant en moyenne 17 % pour les particuliers et 11 % pour les petites et moyennes entreprises au premier trimestre 2026. Cette situation a freiné la demande de crédit, avec une baisse estimée à près de 20 % des nouveaux prêts accordés.
Évolution des taux bancaires CEMAC premier trimestre 2026
En abaissant son taux directeur, la BEAC souhaite inciter les banques à réduire à leur tour le coût des emprunts. L’objectif est de permettre aux ménages de financer plus facilement leurs projets et d’encourager les entreprises à investir, recruter et développer leurs activités. Si les banques répercutent effectivement cette baisse sur leurs clients, le crédit pourrait devenir plus accessible dans l’ensemble de la sous-région.
Une situation particulière au Tchad
Au Tchad, toutefois, les effets de cette décision pourraient être plus limités. Le pays connaît actuellement une période de déflation, c’est-à-dire une baisse générale des prix. En avril 2026, l’indice des prix à la consommation affichait un recul de 2,8 % sur un an.
À première vue, une baisse des prix peut sembler favorable aux consommateurs. Mais lorsqu’elle s’installe dans la durée, elle peut ralentir l’activité économique. Les ménages reportent certains achats en espérant des prix encore plus bas, tandis que les entreprises hésitent à investir face à une demande qui reste faible.
Tchad : la déflation s’établit à -3,7 % sur un an
Dans ce contexte, même si les crédits deviennent moins coûteux grâce à la décision de la BEAC, les entrepreneurs tchadiens pourraient rester prudents avant de contracter de nouveaux emprunts. Sans perspectives de reprise de la consommation, le besoin d’investir demeure limité.
Une mesure utile, mais pas suffisante
La baisse des taux décidée par la BEAC constitue un signal positif pour l’économie de la CEMAC. Elle traduit la volonté de la Banque centrale de soutenir la croissance après plusieurs mois de ralentissement du crédit.
Pour le Tchad, cependant, cette mesure risque de produire des effets plus modestes. Les économistes estiment que des politiques complémentaires, notamment en faveur de l’investissement public, du soutien aux entreprises et du pouvoir d’achat des ménages, pourraient être nécessaires pour relancer durablement l’activité économique.
La décision de la BEAC ouvre ainsi une nouvelle phase de politique monétaire dans la sous-région. Son efficacité dépendra désormais de la réaction des banques commerciales, mais aussi de la capacité de chaque État à accompagner cette dynamique par des mesures adaptées à sa propre situation économique.
GADNODJI Nako
