A quelques jours de la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée chaque 3 mai, Reporters sans frontières (RSF) a publié son Classement 2026. Le constat est alarmant : plus de la moitié des pays du monde se trouvent en situation « difficile » ou « très grave ». Selon RSF, « en 25 ans, le score moyen n’a jamais été aussi bas », traduisant une criminalisation croissante du journalisme et un recul du droit à l’information, y compris dans les démocraties.
Situation du Tchad
Le Tchad occupe la 93e place sur 180 pays. RSF souligne que l’instabilité politique et sécuritaire continue de peser lourdement sur l’exercice du métier. Élu en 2024 après trois années de transition, le président Mahamat Idriss Déby n’a pas pris d’engagement concret en faveur de la liberté de la presse. Arrestations arbitraires et intimidations demeurent fréquentes.
Paysage médiatique
Depuis l’ouverture démocratique de 1990, le paysage médiatique s’est diversifié : une dizaine de journaux paraissent régulièrement, quatre télévisions privées émettent à N’Djamena et près de soixante radios couvrent le territoire. La radio FM Liberté, fondée par des défenseurs des droits humains, reste la plus écoutée grâce à son réseau de correspondants.
Contexte politique
Les médias publics restent sous contrôle du ministère de la Communication. La Haute Autorité des médias et de l’audiovisuel (HAMA) est largement dominée par des nominations gouvernementales. Les enquêtes critiques sur le régime ou l’armée sont rarement tolérées. En avril 2025, le président Déby accusait certains médias d’être « payés par des puissances étrangères ».
Cadre légal
Le Code de la presse de 2010 a supprimé les peines de prison pour délits de presse, mais la diffamation reste passible de trois mois d’emprisonnement. La loi sur la cybercriminalité de 2019 expose les journalistes en ligne à des arrestations arbitraires. Plusieurs journaux ont été suspendus en 2020 pour non-respect de nouvelles exigences de qualification. En 2024, un ancien conseiller présidentiel a utilisé une loi étrangère pour censurer des médias.
Contexte économique
La presse privée évolue dans une grande précarité : coûts d’impression élevés, marché publicitaire limité et subventions publiques irrégulières. Le fonds d’aide à la presse n’a été versé qu’en 2021 et 2024.
Contexte socioculturel
Depuis la mort d’Idriss Déby Itno en 2021, les autorités exhortent les médias à éviter les propos jugés « haineux » et à privilégier les appels à la paix, une forme de censure implicite. En 2025, le parquet de N’Djamena a menacé de poursuites les journalistes enquêtant sur le massacre de Mandakao.
Sécurité
Les agressions et assassinats de journalistes restent impunis : Idriss Yaya et sa famille en mars 2024, Orédjé Narcisse en octobre 2022. Les reporters couvrant les manifestations subissent régulièrement violences et arrestations. Les provinces sont particulièrement exposées. Les coupures d’Internet et les filatures se sont multipliées depuis le référendum de 2023.



