La cour d’appel de Bamako a confirmé le 9 février 2026 la condamnation de l’ex-Premier ministre malien Moussa Mara à deux ans de prison (dont un ferme) et 500 000 FCFA d’amende pour « atteinte au crédit de l’État » et « opposition à l’autorité légitime ». Il a été arrêté en août 2025 et est sanctionné pour son soutien aux prisonniers politiques . Ses avocats se sont pourvus en cassation.
Éric Topona.
« Le cas de Moussa Mara est emblématique des attaques constantes des autorités contre les droits à la liberté d’expression, d’association et de réunion pacifique, ainsi que du mépris persistant pour l’état de droit et les obligations en matière de droits humains prévues par la Constitution malienne et les traités internationaux auxquels le pays est partie ».
C’est en ces termes que s’est indigné dans un communiqué, le directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’ouest et l’Afrique centrale, Marceau Sivieude, après la condamnation en appel de l’ancien Premier ministre malien à deux ans de prison dont un an ferme, le 9 février 2026.
Dans le viseur du régime
Moussa Mara est dans l’œil du cyclone de la junte au pouvoir à Bamako depuis le 4 juillet 2025. Ce jour-là, sur le réseau social X, à l’issue d’une visite qu’il aura rendu à des personnalités politiques et à des acteurs de la société civile malienne actuellement en détention, il leur exprima sa « solidarité indéfectible ». Il eut notamment ce propos sentencieux que la justice malienne a considéré comme « subversive » : « Aussi longtemps que dure la nuit, le soleil évidemment finira par apparaître ».
Il faut souligner que depuis l’arrivée au pouvoir de la junte actuelle en 2021, Moussa Mara est de ces rares hommes politiques ou hauts commis de l’ État de premier plan qui n’ont pas pris le chemin de l’exil pour s’exprimer sur la situation politique dans leur pays, ou sur les choix diplomatiques des autorités de Bamako. Bien au contraire, faisant preuve d’un courage remarquable, il a toujours eu chevillée au corps la conviction que c’est en terre malienne, terre de ses ancêtres, que doit être mené le combat indispensable et décisif pour sortir son pays de la parenthèse historique qui s’est ouverte depuis bientôt 5 ans mais qui ne s’est jamais refermée.
État désastreux des libertés individuelles et collectives au Mali
Il faut dire à cet égard que le communiqué de protestation du directeur d’Afrique de l’ouest et d’Afrique centrale d’Amnesty International, suite à la condamnation de l’ancien Premier ministre malien, résume parfaitement au-delà de son seul cas, l’état désastreux des libertés individuelles et collectives dans ce pays.
Pour ne citer que quelques exemples supplémentaires de violations de la liberté d’expression au Mali, l’activiste Rokiatou Doumbia et Adama Diarra ont été placés en détention en 2023 et condamnés tous les deux à deux ans de prison ferme. Le journaliste Mohamed Youssouf Bathily est actuellement en détention. Clément Dembélé, populaire pour ses dénonciations des pratiques de corruption demeure détenu arbitrairement depuis 2023 et en attente de jugement. Autre exemple particulièrement grotesque, c’est le cas de l’ancien membre du Conseil national de transition Issa Kaou N’Djim. Il a été condamné en novembre 2024 à deux ans de prison pour le chef d’accusation d’ »offense commise publiquement envers un chef d’Etat étranger ». Il aura été privé de liberté pendant un an pour ses critiques envers le chef de l a junte burkinabè , le capitaine Ibrahim Traoré et son gouvernement.
Nous nous gardons pour l’instant d’évoquer le cas de l’ancien premier ministre Choguel Kokalla Maïga , actuellement en détention pour ses points de vue dissidents sur la conduite actuelle de la transition, et en attente de jugement. Nous pourrions ainsi allonger cette liste d’exemples d’atteintes aux droits humains.
Surprise
La condamnation en appel de Moussa Mara cependant surpris plus d’un, ce d’autant plus que le régime actuel semble vouloir donner des gages de réouverture du jeu politique, en ramenant dans le champ démocratique certaines formation dissoutes au nom de la préservation de l’unité nationale et de la quête d’une meilleure efficacité de l’action gouvernementale.
Or, le constat qu’il est loisible de faire aujourd’hui, c’est le musellement systématique de toute voix qui ne chanterait pas les louanges du régime. Cette politique de verrouillage des canaux d’expression classique dans toute démocratie ou de musellement des leaders d’opinion n’a guère amélioré la situation du pays.
Au plan sécuritaire, les groupes terroristes progressent et continuent d’infliger de lourdes pertes à l’armée régulière ou de détruire le tissu économique du pays, comme on a pu le voir récemment avec le blocus qu’ils ont imposé sur la distribution du carburant dans le pays. Provoquant l’exode de populations non pas vers l’un des pays membres de l’AES, mais vers la Côte d’Ivoire voisine.
Similarité dans les autres pays de l’AES
La chape de plomb que la junte malienne renforce sur la jouissance des droits et des libertés fondamentales n’est malheureusement pas un cas isolé dans l’AES. Au Burkina Faso voisin, les autorités militaires viennent ainsi de dissoudre toutes les formations politiques existantes, au point de s’approprier leur patrimoine. Ces entorses aux liber tés fondamentales et les rétropédalages qui s’en suivent donnent l’impression d’une interminable navigation à vue et de l’absence d’un cap clair dans les trois pays membres de l’AES.
L’un des exemples les plus emblématiques de cette conduite chaotique des affaires de l’ État ou de la diplomatie, c’est la décision récente du Niger de restituer en partie à l’entreprise française Orano une partie de son uranium qu’elle exploitait naguère d ans le pays, mais détient arbitrairement. Ce même pouvoir, quelques mois plus tôt, annonçait à cors et à cris sa décision inflexible de nationaliser l’exploitation de l’uranium de cet entreprise et de s’approprier le stock existant.


