L’année 2025 a été marquée au Mali par le blocus contre la distribution des carburants imposé par les milices terroristes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) autour des grandes villes du Mali.
Ce blocus est sans aucun doute l’un des revers les plus sévères que ces satellites d’Al-Qaïda ont infligé aux Forces armées maliennes (FAMa) et aux paramilitaires russes de Wagner qui leur viennent en appui. Le risque d’asphyxie économique, voire d’effondrement du pouvoir central à Bamako, semblaient même imminents pour certains analystes qui estimaient dans leurs prévisions que le déferlement des terroristes du Jnim sur la capitale malienne était une question de jours.
Extension des attaques du Jnim
À la surprise générale, le Jnim a plutôt opté pour le statu quo, en maintenant son blocus, tout en portant de graves atteintes aux biens et aux personnes. L’option d’une progression vers Bamako a été abandonnée, ou repoussée sine die. Pour comprendre, les raisons de ce volte-face ou de ce renoncement tactique, le rapport Afrique de l’International Crisis Group du 20 février 2026 intitulé « Le Jnim et le dilemme de l’expansion au-delà du Sahel » est fort éclairant.
Le Jnim, souligne ce rapport, est à l’origine de lourds assauts meurtriers et coûteux en biens dans ses principales cibles que sont les pays qui constituent l’actuelle Alliance des États du Sahel (AES) : « Depuis sa création en mars 2017 jusqu’à la fin 2025, le Jnim a ainsi été impliqué dans 16 023 incidents violents, qui ont fait un total de 39 850 morts au Mali, au Burkina Faso, au Niger, au Bénin et au Togo, selon une estimation de Crisis Group réalisée à partir des données de l’organisation ACLED (Armed Conflict Location & Event Data) ».
Au fur et à mesure de son expansion et des dégâts colossaux infligés aux armées de ces pays, le Jnim a étendu ses attaques aux pays côtiers que sont notamment le Togo et le Niger, et dans une certaine mesure la Côte d’Ivoire.
Double préoccupation du Jnim
Cette expansion pose actuellement au Jnim des préoccupations de deux ordres : la première est relative aux moyens de consolidation de son pouvoir sur ses acquis territoriaux, la seconde concerne sa capacité à gérer les territoires nouveaux qui seraient conquis à l’occasion d’expansions territoriales futures.
En effet, il lui faut, pour y parvenir, grossir ses rangs de recrues nouvelles ; d’autre part, le Jnim devra recruter et fidéliser un personnel en charge de gérer les territoires nouvellement conquis : « Le Jnim se distingue d’autres mouvements jihadistes par l’équilibre qu’il cherche à maintenir entre centralisation des grandes décisions et autonomie opérationnelle des unités combattant sur le terrain. Cet équilibre reste cependant précaire. Il est même régulièrement menacé lorsque le commandement central cherche à imposer sa vision ou, au contraire, quand les unités locales tentent de s’émanciper. Si le Jnim a jusqu’ici maintenu son unité, les décisions qui entourent l’expansion territoriale sont celles qui mettent le plus à l’épreuve la cohésion de l’organisation ».
Mutualiser les forces
Toutefois, relève le rapport de l’International Crisis Group, ces atermoiements du Jnim ne doivent pas conduire les États sahéliens comme ceux côtiers de l’Afrique de l’Ouest, notamment le Togo, le Bénin et la Côte d’Ivoire à baisser la garde, mais bien au contraire à redoubler de vigilance.
Ce n’est pas tant les capacités opérationnelles du Jnim qui sont à l’origine de sa progression différée, mais ses capacités organisationnelles. Dans ce moment de relative accalmie, ces États ouest-africains qui ont cet ennemi en commun devraient renforcer leur coopération sécuritaire face aux périls à venir.
Cette coopération ne devrait pas seulement être sécuritaire, mais devrait également porter sur l’encadrement des populations, la conduite sur le terrain de campagne de sensibilisation, voire l’initiation de pourparlers informels avec le Jnim : « Face au risque d’expansion jihadiste, les États menacés devraient approfondir leur compréhension des dynamiques locales et de leurs propres vulnérabilités, raviver la coopération régionale entre les pays sahéliens et côtiers, et explorer des marges de compromis avec les jihadistes afin de réduire les violences ».
Fragmentation regrettable
Cependant, cette recommandation de l’ICG se heurte à la fragmentation regrettable de la lutte contre le terrorisme islamiste en Afrique de l’Ouest. La décision des pays de l’actuelle Alliance des Etats du Sahel (AES) de faire bande à part dans ce combat existentiel pour l’ensemble de la région n’est pas de nature à faciliter cette collaboration souhaitée. Au sein de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) dans son ancien format, elle n’aurait pas été souhaitable mais déjà en actes. Or, entre ces deux entités, les passerelles de communication, même si elles existent, demeurent faibles sur les questions de sécurité communes.
Face donc à cette menace commune qui pourrait être déployée à tout moment et constitue, à n’en pas douter, un enjeu de sécurité nationale et de souveraineté pour toute l’Afrique de l’Ouest, une approche pragmatique sur cette question vitale devrait prévaloir sur toute autre considération.
Éric Topona, journaliste à la Deutsche Welle


