Edito

La faute politique

La faute politique 1

On s’y attendait un peu. Mais le niveau de brutalité avec laquelle les manifestations du 20 octobre ont été réprimées a dépassé l’entendement. En attendant d’avoir le détail du bilan de la répression qui sera bien plus lourd que ce que le gouvernement a annoncé, il faut noter que Mahamat Idriss Déby a commis la plus grosse faute politique de sa jeune carrière.

De mémoire d’observateurs, Déby-père a dû massacrer dans les premières années de son règne pour imposer son autorité chancelante. Mais comparaison n’est pas raison. Et Mahamat Idriss Déby Itno qui a affirmé au détour d’un discours qu’il n’a pas versé « une seule goutte de sang » vient de prouver qu’il n’aura aucun problème pour devenir un bourreau.

Et c’est par là que viendra sa perte puisque 2022 n’est pas 1992 à plusieurs égards. Il y’a d’abord la faiblesse de l’appareil d’État que son défunt père a méthodiquement mis à terre. Ensuite une armée qui n’est qu’une juxtaposition de groupes et dont le professionnalisme a été mis à rude épreuve le 20 octobre dernier. Enfin les nouvelles technologies de l’information et de la communication qui ont permis au monde entier d’être informé en temps réel de ce qui se passe et aux militants des droits humains de documenter photos à l’appui la répression. Des photos des tireurs, les plaques minéralogiques de leurs voitures ont été capturées par des reporters mais aussi de simples citoyens. Eh oui, le monde a bien changé et il suffit d’avoir un smartphone pour être créateur d’information…

Quel que soit l’effort diplomatique que déploiera le pouvoir et ses soutiens, le 20 octobre restera la date à marquer en noire. Et il ne s’en sortira pas à bon compte parce que ce n’est pas le parechoc de la Communauté économique des états de l’Afrique centrale qui le protégera de la foudre qui ne manquera pas de s’abattre.
On ne massacre pas impunément au 21ème siècle. Surtout quand on vient d’un pays qui aligne les scores médiocres en termes d’indicateurs de développement, conséquence d’une gestion patrimoniale de plus de trente ans.

Pour réparer ce faux-pas, il ne reste qu’à traduire en justice tous ceux qui sont à l’origine de ces morts, ouvrir un dialogue sincère (on voit bien qu’il n’y a pas eu dialogue) et faires concessions. Sans quoi, le cycle de la violence ne s’arrêtera pas de sitôt et c’est le peuple meurtri qui en paiera le prix. Pauvre Tchad !

La Rédaction