Le Tchad exporte du pétrole depuis 2003. Pourtant, files d’attente, marché noir et hausses brutales à la pompe reviennent régulièrement. Retour sur ces crises et sur ce qu’elles révèlent.
2003-2012 : du brut, puis une raffinerie disputée
En juillet 2003, l’oléoduc Doba-Kribi entre en service ; le carburant, lui, reste importé. En juin 2011, la raffinerie de Djermaya, détenue à 60 % par la filiale tchadienne de la chinoise CNPC et à 40 % par l’État, est inaugurée. Le super est fixé à 300 FCFA le litre, puis 490, puis 380 FCFA. Un désaccord sur le prix entraîne la fermeture de la raffinerie en janvier 2012, avant une réouverture négociée.
2018-2024 : des hausses par à-coups
En janvier 2018, en pleine austérité, le super passe de 523 à 570 FCFA et le gasoil de 568 à 590 FCFA.
En avril 2023, une maintenance de Djermaya provoque une pénurie : en mai, le litre atteint 2 500 FCFA à Kousseri, ville camerounaise voisine (Investir au Cameroun). En novembre, les files reviennent alors que la raffinerie assure produire normalement. Selon Tchadinfos, spéculation et contrebande sont en cause : le super coûte 518 FCFA au Tchad, contre 735 FCFA au Cameroun.
En février 2024, l’État relève le super à 730 FCFA (+41 %) et le gasoil à 828 FCFA, invoquant une production locale insuffisante et la nécessité de s’aligner sur les voisins. Quatre mois plus tard, les tarifs redescendent à 700 et 800 FCFA. Ils n’ont plus bougé depuis.
2025-2026 : les pénuries persistent
En avril 2025, les files reviennent à N’Djaména. En août 2026, 38 % du gasoil consommé dans le pays a été importé, selon l’ARSAT. En octobre, à Pala, le litre se vend entre 1 200 et 1 500 FCFA au marché noir. Djermaya est annoncée à l’arrêt du 15 octobre au 30 novembre.
Ce que ces crises révèlent
Un litre de carburant provient d’abord du brut. Au cours du 16 octobre, la valeur du brut contenu dans un litre avoisine 405 FCFA. Ce n’est ni le coût d’extraction ni le coût complet : s’y ajoutent raffinage, transport, stockage, taxes et marges. Même extrait au Tchad, le brut a un coût d’opportunité : utilisé localement, il n’est pas vendu à l’exportation.
L’État fixe le prix de vente, mais ne maîtrise pas seul ces coûts. Quand le prix intérieur est nettement inférieur à celui des voisins, la contrebande devient rentable. Quand la raffinerie s’arrête, importations et stocks peuvent ne pas suffire, et le marché parallèle prend le relais. Quand l’écart devient intenable, l’ajustement arrive d’un coup. Un prix figé ne supprime pas la volatilité du baril : il la reporte sur les stocks, les frontières et le budget public.
Maîtriser le prix du carburant suppose de maîtriser toute la chaîne : raffiner, constituer des réserves, organiser les importations, acheminer jusqu’aux provinces.
Plus de vingt ans après le premier baril, c’est là que se joue la sécurité énergétique du Tchad.
GADNODJI Nako
