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Tchad : la HAMA mise sur le dialogue pour professionnaliser les médias

Tchad : la HAMA mise sur le dialogue pour professionnaliser les médias 1

La Haute Autorité des Médias et de l’Audiovisuel (HAMA) a organisé, ce mardi 29 septembre 2026 au CEFOD, sa deuxième journée d’information, d’échanges et de dialogue avec les acteurs du secteur des médias. La rencontre a visé notamment à renforcer le dialogue avec les professionnels et à réfléchir aux réponses à apporter aux mutations qui traversent le paysage médiatique tchadien.

Cette deuxième rencontre s’inscrit dans la continuité de celle organisée le 31 juillet 2025, dans un contexte marqué par des relations tendues entre l’instance de régulation et les professionnels des médias. Pour la présidente de la HAMA, Halimé Assadya Ali, ce rendez-vous doit permettre d’inscrire le dialogue dans la durée, conformément aux recommandations formulées lors de la première édition. « Le signe le plus tangible de la décrispation de nos relations est la dynamique des rencontres régulières avec les responsables d’organes de presse et les organisations professionnelles », a-t-elle déclaré.

Parmi les recommandations issues de la première rencontre figuraient notamment le renforcement des capacités des professionnels, la vulgarisation du rôle de la HAMA, l’amélioration des conditions d’obtention de la carte de presse, la clarification des critères de répartition de l’aide à la presse, la réflexion sur un modèle économique viable pour les médias et la révision des textes régissant le secteur.

Adopté le 22 janvier 2026, le plan stratégique triennal 2026-2028 de la HAMA entend répondre à ces préoccupations. Il repose notamment sur le renforcement de la gouvernance et de la transparence de l’institution, le dialogue avec les acteurs du secteur, la modernisation des outils de travail et l’accompagnement des journalistes.

La présidente de la HAMA a toutefois dressé un constat préoccupant sur les pratiques de certains médias, notamment dans la presse écrite et en ligne.

« Le constat est amer », a-t-elle déclaré, déplorant que certains journaux ne respectent plus le dépôt légal, paraissent de manière irrégulière ou se soient « transformés en agences de communication ».

La situation de la presse en ligne est également préoccupante. « Le journalisme a trop souvent cédé la place au tâtonnement », a estimé Halimé Assadya Ali, évoquant l’absence, dans certains cas, de siège, de rédaction structurée, de professionnels et même de site internet.

Selon elle, certains médias se limitent désormais à des publications sur Facebook, « se confondant avec des comptes privés qui diffusent des contenus non vérifiés, mensongers ou diffamatoires ».

C’est dans ce contexte que la HAMA a suspendu, par un communiqué du 3 août 2026, le processus d’examen des demandes de création de journaux en ligne. Halimé Assadya Ali a précisé qu’il s’agit d’une « mesure conservatoire » destinée à permettre une réflexion avec les différentes parties prenantes sur la gouvernance et la professionnalisation de la presse en ligne.

Le secrétaire général de la HAMA, Félicien Alladoum Radingaye, a, pour sa part, insisté sur les profondes transformations que connaît le secteur des médias. L’évolution rapide des technologies numériques, l’essor des réseaux sociaux et l’arrivée de l’intelligence artificielle ont, selon lui, « bouleversé les pratiques professionnelles et les modèles économiques traditionnels ».

Ces transformations offrent de nouvelles possibilités, notamment en matière de production et de diffusion de l’information. Elles soulèvent toutefois plusieurs défis liés à la fiabilité des contenus, à la vérification de l’information, à la désinformation, aux droits d’auteur, à la protection des données et à l’utilisation responsable de l’intelligence artificielle. « La régulation gagne en pertinence et en efficacité lorsqu’elle est fondée sur l’écoute et la concertation avec les acteurs concernés », a souligné le secrétaire général de la HAMA, appelant les professionnels à faire de cette rencontre « un véritable cadre de dialogue ».

La carte de journaliste professionnel sera relancée la semaine prochaine

Parmi les annonces les plus attendues figure la reprise du processus d’attribution de la Carte d’Identité du Journaliste Professionnel, suspendu depuis plus d’un an.

Halimé Assadya Ali a expliqué cette suspension par l’expiration du mandat de la Commission nationale chargée de la carte, ainsi que par des contraintes techniques. Elle a toutefois annoncé la mise en place d’une nouvelle commission « dès la semaine prochaine ».

Cette commission devra examiner les demandes en attente « en une session unique » et attribuer la carte aux professionnels qui remplissent les conditions prévues par les textes en vigueur.

La HAMA a également fait le point sur le projet de construction de la Maison de la Presse.

Selon Halimé Assadya Ali, un terrain de 5 000 m² a été attribué à Gassi en août 2025 et le marché des travaux a été signé en juin 2026. Le recrutement d’un bureau de contrôle est en cours, a-t-elle indiqué, avec un démarrage des travaux prévu avant la fin de l’année.

La future infrastructure doit notamment offrir aux journalistes des services destinés à accompagner leur activité professionnelle. La présidente de la HAMA a également appelé les acteurs du secteur à s’approprier le siège provisoire actuel de la Maison de la Presse, afin qu’il devienne « le centre névralgique de la vie médiatique à N’Djaména et, à terme, de tout le Tchad ».

La formation figure également parmi les engagements mis en avant par la HAMA. Une soixantaine de techniciens de radios communautaires ont été formés en octobre et novembre 2025 à Moundou et Abéché sur la maîtrise des outils numériques, a indiqué Halimé Assadya Ali. « En mars 2026, 60 femmes directrices, rédactrices en chef ou responsables de programmes et de production ont également été formées à l’intelligence artificielle générative, notamment sur la vérification, les deepfakes et le journalisme responsable », a-t-elle ajouté .

La HAMA prévoit par ailleurs un programme plus vaste de renforcement des capacités dans le cadre de son plan stratégique 2026-2028, avec l’appui de plusieurs partenaires techniques.

L’aide à la presse annoncée en hausse

La question de l’aide à la presse a également occupé une place importante dans l’intervention de la présidente de la HAMA. « L’aide à la presse est un engagement de l’État. Elle existe, elle est prévue et budgétisée pour 2026 tout comme pour 2025 ; personne ne l’a détournée ni dépensée », a-t-elle affirmé.

Halimé Assadya Ali a annoncé une revalorisation significative de cette aide, indiquant qu’elle avait « été doublée par rapport à son niveau précédent », tout en invitant les médias à patienter jusqu’à sa mise à disposition.