Au Tchad, l’obtention d’un diplôme universitaire ne garantit pas toujours l’accès à un emploi correspondant à la formation suivie. Faute de débouchés dans le secteur formel, de nombreux jeunes diplômés se tournent vers l’auto-emploi, le secteur informel ou de petits métiers pour subvenir à leurs besoins.
C’est le cas de Djimragar Teadoum Hosanna, diplômé en géographie de l’Université de N’Djaména en 2016. Après ses études, il a choisi de retourner dans son village natal, Beboto, dans la province du Logone Oriental, où il s’est lancé dans l’agriculture.
Loin de considérer son parcours universitaire comme incompatible avec le travail de la terre, Djimragar affirme avoir choisi de mettre ses connaissances au service de son activité agricole. Les revenus qu’il en tire lui permettent aujourd’hui de subvenir à ses besoins et de contribuer aux dépenses de sa famille. « Je préfère continuer mes activités agricoles plutôt que d’attendre un poste dans la fonction publique », explique-t-il. Pour ce jeune diplômé, l’agriculture offre une forme d’indépendance et permet de valoriser directement son travail.
Son parcours illustre une réalité à laquelle sont confrontés de nombreux jeunes diplômés tchadiens : lorsqu’un emploi correspondant à leur qualification se fait attendre, certains choisissent de créer eux-mêmes leur activité.
Le « clando » pour joindre les deux bouts
Le parcours de Lazare Orthom, 37 ans, témoigne également de cette réalité. Diplômé en histoire en 2015, il s’est tourné vers le transport informel, communément appelé « clando », à N’Djaména, après avoir rencontré des difficultés à trouver un emploi dans son domaine. « Cela fait maintenant huit ans que je fais le clando pour gagner ma vie. Au départ, j’ai postulé à de nombreux emplois dans mon domaine, mais les réponses se faisaient attendre », raconte-t-il.
Initialement envisagé comme une solution pour joindre les deux bouts, le « clando » est progressivement devenu pour Lazare une véritable activité génératrice de revenus. Il affirme avoir pu, grâce à cette activité, acheter un terrain et y construire sa maison. « C’était mon rêve depuis longtemps. Avoir un chez-soi, c’est la première étape vers la stabilité », confie-t-il.
En juillet dernier, il s’est également marié. Pour lui, cette étape a été rendue possible par la stabilité financière procurée par son activité. « Se marier, c’était un projet que je ne pouvais pas concrétiser sans une certaine stabilité financière. Grâce au clando, j’ai pu le faire », témoigne-t-il.
À travers ces deux parcours, l’agriculture et le transport informel apparaissent comme des alternatives auxquelles certains diplômés ont recours face aux difficultés d’insertion professionnelle. Au-delà de leurs diplômes, ces jeunes misent ainsi sur l’auto-emploi pour assurer leurs revenus et construire leur avenir.
Mekila Alain


