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À quand le Tchad à la Coupe du Monde ?

Alors que le Mondial 2026 s’ouvre ce jeudi au Mexique avec une affiche inaugurale entre le pays hôte et l’Afrique du Sud, une question traverse l’esprit de nombreux passionnés tchadiens : quand viendra enfin leur tour ?

Depuis son indépendance, le Tchad n’a jamais participé la Coupe d’Afrique des Nations, encore moins une Coupe du Monde. Son unique ligne au palmarès international demeure la Coupe de la CEMAC remportée en 2014, premier et seul trophée majeur de l’histoire du football national. Depuis, le rêve d’une qualification continentale ou mondiale continue d’habiter les supporters, sans jamais véritablement se rapprocher.

Pourtant, à chaque édition du plus grand événement sportif de la planète, le même espoir renaît.

Un rêve que l’élargissement du tournoi à 48 équipes rend théoriquement plus accessible, mais que les réalités du football tchadien maintiennent encore à distance.

Un Mondial élargi, mais un retard qui persiste

La Coupe du Monde 2026 marque une rupture historique. L’Afrique dispose désormais de neuf places directes, contre cinq auparavant. Jamais les opportunités n’ont été aussi nombreuses pour les sélections du continent.

Encore faut-il être en mesure de les saisir.

Lors des éliminatoires de la zone CAF, les Sao ont terminé derniers du groupe I avec une seule victoire pour neuf défaites, six buts inscrits contre onze encaissés. Le classement FIFA d’avril 2026 les situe à la 183e place mondiale, loin du meilleur rang jamais atteint par le pays : la 97e position en avril 2016.

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Derrière ces chiffres se cache une réalité connue de tous les acteurs du football national : faibles ressources mobilisées localement, compétitions peu structurées, formation des jeunes insuffisante, instabilité institutionnelle et faible visibilité internationale des joueurs.

Plus de 15 millions de dollars de la FIFA : où est passé l’argent ?

L’une des questions les plus sensibles concerne les financements.

Contrairement à une idée répandue, le football tchadien n’est pas privé d’appuis financiers. Depuis 2016, la FIFA verse à chacune de ses 211 fédérations membres des fonds importants dans le cadre de son programme de développement Forward.

Les rapports annuels 2024 et 2025 permettent de retracer les montants attribués à la Fédération Tchadienne de Football Association (FTFA).

Carte interactive des financements FIFA Forward impact

Sur les trois cycles du programme, la fédération a bénéficié d’environ 15,3 millions de dollars, soit plus de 9 milliards de francs CFA.

Le premier cycle Forward 1.0 (2016-2018) prévoyait 4,445 millions USD, avec un taux d’absorption de 98 %, selon les données de la FIFA.

Le cycle suivant, Forward 2.0 (2019-2022), portait l’enveloppe à 7 millions USD. Mais seuls 74 % des fonds ont été effectivement utilisés, laissant près de 1,9 million USD non décaissés ou non justifiés. Une période qui correspond précisément aux années les plus mouvementées de la gouvernance fédérale.

Le constat est encore plus révélateur pour le programme Forward 3.0 (2023-2026). Fin 2025, le taux d’utilisation atteint 90 % des 3,9 millions USD disponibles. Pourtant, selon les données publiées, aucun financement n’a été orienté vers des projets de développement structurants : les décaissements concernent essentiellement les frais de fonctionnement et les déplacements.

À titre de comparaison, la République centrafricaine, confrontée à des défis sécuritaires majeurs, affiche un taux d’utilisation similaire tout en documentant des investissements concrets dans des projets de terrain.

La gouvernance, principal adversaire des Sao

Les difficultés de gestion ne relèvent pas seulement des débats internes.

En 2018, la police judiciaire tchadienne transmettait au parquet un dossier visant les plus hauts responsables de la FTFA. Le vice-président de l’époque, Ibrahim Foullah, affirmait disposer de correspondances de la FIFA exigeant des explications sur l’utilisation de 780 millions de francs CFA issus des financements internationaux. Dans le même temps, il était lui-même accusé d’avoir perçu 150 millions destinés à deux clubs engagés dans des compétitions africaines.

Tchad – Football : le vice-président de la fédération révèle un détournement de plusieurs millions de francs | Africanews

Face à cette crise, la FIFA décidait en décembre 2021 de placer la fédération sous administration d’un comité de normalisation.

Deux ans plus tard, les élections destinées à rétablir une gouvernance normale étaient suspendues par décision judiciaire. Pendant plusieurs semaines, le spectre d’une suspension internationale a même plané sur le football tchadien, à quelques mois des qualifications pour le Mondial 2026.

Cette succession de crises produit un effet concret : l’incapacité chronique à transformer les ressources disponibles en politiques durables de développement.

Un stade rénové ne suffit pas

La réouverture du Stade Olympique  Idriss Mahamat Ouya, d’une capacité de 20 000 places, représente un symbole fort.

Après plusieurs années de fermeture pour rénovation, le pays dispose enfin d’une enceinte répondant aux standards internationaux.

Mais les infrastructures, aussi modernes soient-elles, ne remplacent ni un championnat compétitif, ni des centres de formation performants, ni des compétitions de jeunes organisées régulièrement.

Le défi du football tchadien est aujourd’hui moins architectural qu’organisationnel.

Le pari Naïr Abakar

La nomination de Naïr Abakar au ministère de la Jeunesse et des Sports, en avril 2026, ouvre néanmoins une nouvelle séquence.

Ancien vice-président du comité de normalisation de la FTFA et ancien ambassadeur du Tchad auprès de la FIFA, il connaît les rouages du système et les faiblesses accumulées au fil des années.

Me Jacqueline Moudeina, présidente du comité de normalisation du football

Ses priorités affichées sont connues : développer les infrastructures régionales, démocratiser l’accès au sport et créer les conditions d’une véritable émergence des talents.

Reste à transformer ces ambitions en résultats tangibles.

Pendant ce temps, d’autres disciplines montrent la voie

Le contraste est frappant.

Alors que le football masculin peine à décoller, d’autres sélections nationales démontrent qu’une organisation cohérente peut produire des résultats.

En novembre 2025, les Sao dames ont remporté les FIFA Unites Women’s Series organisées au Maroc, avec trois victoires en trois rencontres, dont un succès face à la Tunisie. Une performance qui leur a permis d’intégrer pour la première fois le classement mondial féminin de la FIFA.

Dans le même temps, la sélection tchadienne masculine U18 de basketball s’est qualifiée pour l’AfroBasket U18, une réussite saluée par l’octroi d’une subvention exceptionnelle de 30 millions de francs CFA.

Ces succès rappellent une évidence : lorsque les moyens sont accompagnés d’une stratégie claire et d’une gouvernance stable, les résultats suivent.

Le véritable match commence maintenant

Le Mondial 2026 débute cette semaine. Comme des millions d’Africains, les supporters tchadiens vibreront devant les exploits des plus grandes stars de la planète.

Mais une question continuera de s’imposer : combien de temps encore le Tchad restera-t-il simple spectateur ?

Depuis dix ans, plus de 15 millions de dollars ont été transférés par la FIFA pour soutenir le développement du football national. Le problème n’est donc plus celui du financement.

Le véritable défi est désormais celui de la gouvernance, de la transparence et de la vision à long terme.

Car une Coupe du Monde ne se construit pas en un mois de compétition.

Elle se prépare pendant une décennie.

Pour le Tchad, les entraînements pour la qualification n’ont même pas encore commencé.

GADNODJI