Politique

Manifestation dispersée par la police à N’Djaména

Manifestation dispersée par la police à N’Djaména 1

Manifestation dispersée par la police à N’Djaména

Ils sont une centaine de personnes à battre le pavé pour venir assister au meeting  du Front de l’opposition nouvelle pour l’alternance et le changement (Fonac), le 06 août 2016. Malgré l’interdiction des manifestations par le ministre de la sécurité publique Ahmat Mahamat Bachir, deux jours auparavant et le dispositif sécuritaire, la détermination du Fonac ne faiblit pas.

C’est pourquoi, dès 6h, le terrain de football situé à côté du Lycée féminin dans le 5ème arrondissement est envahi par les manifestants venus en petit groupe.  Entre temps, les forces de l’ordre sont déployées sur l’ensemble de la ville. Les rues et avenues menant au lieu du meeting sont bouclées par la police. Des canaux à eau, des véhicules du groupement mobile d’intervention de la police (Gmip) sont stationnés par endroits avec des éléments armés jusqu’aux dents. Très rapidement,  avec des boucliers anti-émeutes, des grenades lacrymogènes et armes à feu, les forces de l’ordre ont encerclé l’endroit. A 8h35, Saleh Kebzabo, le coordonnateur du Fonac et Ahamat Mahamat Al-habo pénètrent le périmètre de sécurité puis sont accueillis par les militants déterminés à manifester. Des ovations se succèdent aux ovations. Des youyous et cris de joie retentissent. « Je suis venu pour dire non à l’arbitraire », lâche un militant du Pld de Ahmat Al-habo. L’ambiance est électrique. Quelques minutes plus tard, l’assistance entonne l’hymne nationale. Sous les applaudissements Saleh Kebzabo prononce et appelle  les militants à manifester pacifiquement.

Manifestation dispersée par la police à N’Djaména 2

A peine commencé,  trois coups de feu ont été entendus derrière les manifestants puis s’en suit une averse  de grenades lacrymogènes.  L’air est devenu suffocant en dépit de la fine pluie qui arrose la capitale.   Des véhicules stationnés non loin des lieux foncent sur les manifestants. Sous l’effet des détonations des grenades, c’est la débandade. 

Pendant ce temps, Joseph Djimrangar Dadnadji en route pour le meeting est stoppé net par les barrages policiers puis, il rebrousse chemin.  

L’espace Fest africa, rond-point aigle et toutes les rues qui mènent chez Kebzabo sont barricadés par les forces de l’ordre et de  sécurité. Des véhicules équipés de canaux à eaux sont stationnés par endroits. Des gendarmes et gardes nomades sont aussi mobilisés pour cette manifestation.  La situation est tellement morose qu’Al-habo n’a pas mâché ses mots « nous ne sommes pas dans un Etat de droit. Nous vivons malheureusement dans un pays où l’autorité chargée d’appliquer la loi la viole et demande aux citoyens, aux associations et aux autres de l’appliquer. L’interdiction de la manifestation est illégale. Elle est contraire à  la constitution qui est la mère de toutes les lois. La loi 19 et la charte des partis en son article 33 stipule que si l’autorité veut empêcher une manifestation, elle doit la notifiée au mieux motivée. Jusqu’à preuve du contraire nous n’avons pas reçu une lettre du ministère de la Sécurité».

Manifestation dispersée par la police à N’Djaména 3

Pour Dadnadji  « l’interdire une manifestation est un abus de pouvoir. Tout ce qui vient de se passer est une démonstration de force. Cette situation nous ramène dans les années 1962.  C’est le mécanisme du parti unique masqué par la multiplication des partis politiques. Nous n’allons pas en guerre contre les forces de l’ordre. Ceux qui font tout cela manque de morale. » Malgré tout, Kebzabo réaffirme que « Nous maintenons la suite de nos activités. Demain la marche aura lieu selon les quatre itinéraires et le 08 Août la ville morte. Nous entendons voir quelles sont les dispositions à prendre ». Plusieurs manifestants sont arrêtés puis libérés. Des engins ont été saisis aussi par la police. Un militant est également blessé à l’œil.