Le 12 février 1979 marque l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire tchadienne. Ce jour-là, les tensions accumulées entre le président Félix Malloum et son Premier ministre Hissène Habré éclatent en affrontements armés dans N’Djamena. La guerre civile qui s’ensuit plonge le pays dans une spirale de violence, alimentée par des rivalités politiques, ethniques et régionales. Les accords de Lagos, censés instaurer un gouvernement d’union nationale, n’ont pas suffi à apaiser les divisions, ouvrant la voie à une instabilité prolongée.
Cette guerre a profondément désagrégé la société tchadienne. Elle a exacerbé les clivages entre Nord et Sud, entre chrétiens et musulmans, et fragilisé le tissu social déjà marqué par des décennies de tensions selon les témoins oculaires de cette guerre. Les alliances fluctuantes entre factions armées ont accentué la méfiance et la fragmentation politique. Comme le souligne l’historien Laldjim Narcisse sans cesse, l’événement a contribué à une véritable rupture nationale, où la confiance entre communautés s’est effritée.
Sur le plan institutionnel, la guerre de 1979 illustre l’échec des compromis politiques imposés sans réelle réconciliation. Les accords successifs n’ont pas permis de bâtir une stabilité durable, car ils reposaient sur des calculs de pouvoir plutôt que sur une volonté sincère de gouvernance partagée. L’ingérence étrangère, notamment libyenne, a également compliqué la donne, en alimentant les rivalités internes et en prolongeant le conflit.
Aujourd’hui, près de 47 ans après, ce triste anniversaire rappelle l’importance de tirer les leçons de cette tragédie. La guerre de 1979 montre que l’absence de dialogue inclusif et de justice sociale conduit inévitablement à la violence. Elle souligne aussi la nécessité de bâtir des institutions solides, capables de transcender les clivages identitaires. Pour le Tchad contemporain, se souvenir de cette guerre, c’est reconnaître que la paix et la cohésion nationale ne peuvent se construire que sur la confiance, l’équité et la mémoire partagée
OM


