Le ministre de la Justice, Garde des Sceaux et chargé des Droits humains, Youssouf Tom, a appelé l’ensemble des juridictions tchadiennes à renforcer la lutte contre la traite des personnes. Il qualifie ce fléau de « l’une des pires violations des droits de l’homme, touchant particulièrement les femmes et les enfants ».
Dans une note circulaire adressée aux chefs de cours et de tribunaux, ainsi qu’aux magistrats du parquet et juges de paix, le ministre rappelle que la traite des personnes prend des formes multiples et souvent difficiles à détecter. « Les réseaux criminels sont de plus en plus organisés et ingénieux, rendant la riposte des États et des acteurs judiciaires particulièrement délicate », souligne-t-il.
Face à cette criminalité organisée, le Tchad a consolidé son engagement. « Au regard des différentes ramifications internes et transnationales de la traite des personnes, notre pays a adhéré aux instruments régionaux et internationaux visant à lutter contre ce fléau et à protéger les victimes », rappelle le Garde des Sceaux. Le pays a notamment ratifié, le 18 août 2009, la Convention des Nations Unies contre la criminalité transnationale organisée et son protocole additionnel.
Sur le plan interne, l’arsenal juridique s’est doté de l’ordonnance n°006/PR/2018 du 30 mars 2018 (ratifiée par la loi n°12/PR/2018) et du nouveau Code pénal de 2019. Pour le ministre, « la loi portant lutte contre la traite des personnes est une loi spéciale qui doit être appliquée dans toute sa rigueur par les juridictions ».
Cependant, des lacunes persistent. Le ministre déplore « des légèretés constatées sur le terrain » et insiste sur la stricte prise en compte des éléments constitutifs de l’infraction : l’acte, les moyens et le but. Il rappelle que la traite inclut le recrutement, le transport ou l’hébergement, par le biais de menaces, de fraudes ou d’abus de vulnérabilité, à des fins d’exploitation (sexuelle, travail forcé, esclavage ou prélèvement d’organes). « Il vous est demandé de juger les cas de traite dont vous êtes saisis avec célérité et rigueur », insiste Youssouf Tom. Il exige désormais que les informations relatives au traitement des dossiers soient transmises à la Commission nationale de lutte contre la traite ainsi qu’à la chancellerie. L’objectif est clair : disposer d’une base de données nationale fiable pour suivre l’évolution de cette criminalité sur le territoire.
À cet effet, les juridictions ont jusqu’au 15 février 2026 pour transmettre un rapport détaillé des dossiers poursuivis ou jugés durant l’année 2025.
Enfin, le ministre de la Justice appelle l’ensemble des acteurs judiciaires à prendre pleinement leurs responsabilités pour engager des poursuites systématiques contre les auteurs de ces pratiques « moyenâgeuses », tout en assurant veiller personnellement à l’exécution diligente de ces instructions.
Rahila Blassou Til-Ndecka, stagiaire.


