L’ambassade des États-Unis au Tchad a publié, ce vendredi 9 octobre 2026, son rapport sur la traite des êtres humains au Tchad. Le document maintient le pays au niveau 3, estimant que le gouvernement ne respecte pas pleinement les normes minimales pour éliminer ce phénomène et ne déploie pas d’efforts significatifs à cette fin.
Selon le rapport, les autorités tchadiennes n’ont signalé aucune enquête, poursuite ou condamnation de trafiquants au cours de la période considérée. Aucun cas de victime de traite n’a été officiellement identifié et les services de protection disponibles demeurent limités.
Le document relève toutefois quelques avancées institutionnelles, notamment l’adoption, en juillet 2025, d’un décret présidentiel portant création de la Commission nationale de lutte contre la traite des personnes (CNLTP), ainsi que l’élaboration d’un plan d’action national pour la période 2025-2027. En janvier 2026, le ministère de la Justice a également publié une circulaire exigeant la transmission des données relatives aux affaires de traite.
Des défaillances judiciaires persistantes
Sur le plan judiciaire, les efforts des autorités restent jugés insuffisants. Bien que la loi de 2018 criminalise la traite des personnes à des fins d’exploitation sexuelle et de travail forcé, son application demeure limitée. L’article 7 prévoit des peines allant de quatre à 30 ans d’emprisonnement, assorties d’amendes comprises entre 250 000 et 5 millions de francs CFA, soit environ 449 à 9 000 dollars.
Le rapport souligne le manque de connaissances des magistrats, des policiers et des gendarmes sur la législation en vigueur, ainsi que l’insuffisance des ressources et des formations spécialisées. Ces difficultés contribuent notamment aux retards judiciaires en dehors de la capitale.
Plus préoccupant encore, des observateurs font état de soupçons de complicité de certains responsables publics, accusés d’avoir entravé des enquêtes, intimidé des procureurs ou protégé des personnes soupçonnées de trafic.
En matière de protection, le rapport déplore l’absence de victimes officiellement identifiées pendant la période examinée, contre une victime au cours de la période précédente. Pourtant, les médias ont rapporté le retour de 303 ressortissants tchadiens depuis la Libye, parmi lesquels pourraient se trouver des victimes potentielles de traite.
Le document relève également l’absence d’un mécanisme national d’orientation opérationnel, le manque de financement des services destinés aux victimes et l’insuffisance du repérage des personnes vulnérables, notamment les migrants.
Les procédures de prise en charge restent en attente d’une nouvelle approbation. Par ailleurs, les autorités ne disposent pas de politiques officielles garantissant des solutions de remplacement au renvoi des victimes étrangères vers des pays où elles risqueraient de subir des représailles.
Des initiatives de prévention sans financement suffisant
En matière de prévention, le gouvernement a renforcé ses initiatives grâce à la création de la CNLTP et à l’adoption du plan d’action national 2025-2027. Toutefois, aucune ressource n’aurait été consacrée à sa mise en œuvre.
Le rapport pointe également l’insuffisance des contrôles dans les secteurs à risque, notamment les mines informelles et le recrutement de travailleurs. Il relève par ailleurs le nombre limité d’inspecteurs du travail, dont les déplacements sont entravés par l’insécurité.
Malgré ces lacunes, le Tchad a coopéré avec INTERPOL et d’autres gouvernements dans le cadre d’une opération mondiale de lutte contre la criminalité. Des formations ont également été dispensées aux troupes tchadiennes avant leur déploiement en Haïti. En revanche, le personnel diplomatique n’a pas bénéficié de formation spécifique.
Enfin, le rapport attire l’attention sur l’utilisation croissante des plateformes numériques par les trafiquants pour attirer, recruter et exploiter leurs victimes potentielles. Il souligne ainsi la nécessité de renforcer les enquêtes, la protection des victimes, la formation des acteurs judiciaires et les moyens consacrés à la lutte contre la traite des êtres humains.


