SantéEconomie

Le moustique, l’État et la croissance

Au 21 octobre 2026, le Tchad recensait 4 004 cas suspects de Dengue et 11 décès dans six provinces. La maladie tue peu, mais elle coûte du temps, de l’argent et des lits d’hôpital. Dans un pays où les ménages financent l’essentiel des dépenses de santé, prévenir coûte-t-il moins cher que subir ?

En août 2023, le Tchad déclarait sa première épidémie de Dengue confirmée en laboratoire, à Abéché. Le 3 octobre 2026, une nouvelle épidémie était déclarée. Dix-huit jours plus tard, elle touchait six provinces, de l’Ennedi Ouest à N’Djaména, avec 311 cas confirmés.

Une maladie qui coûte plus qu’elle ne tue

Endémique dans moins de dix pays dans les années 1970, la Dengue l’est aujourd’hui dans plus de 130. En 2024, l’OMS a recensé un record de 14,4 millions de cas et 11 201 décès. Son coût tient surtout au temps perdu : un épisode dure onze à douze jours, tandis qu’un actif hospitalisé perd près de dix jours de travail. En 2013, son coût mondial était estimé à 8,9 milliards de dollars, dans une fourchette de 3,7 à 19,7 milliards. Un écart qui traduit la difficulté à comptabiliser les infections non déclarées.

Au Tchad, la facture commence dans les ménages

En 2023, les ménages ont financé 65,5 % des dépenses de santé du pays, contre 16,9 % pour l’État et 16,3 % pour l’aide extérieure. Au Burkina Faso, une première étude de terrain menée en Afrique chiffre un épisode à 26 dollars pour un patient hospitalisé, une somme presque entièrement supportée par le malade. Au Cambodge, deux tiers des 60 familles d’enfants fébriles interrogées se sont endettées pour se soigner.

La Commission Macroéconomie et Santé de l’OMS décrivait dès 2001 ce mécanisme de trappe à pauvreté : l’endettement, la vente de biens, puis le retrait de l’enfant de l’école.

Les chiffres masquent pourtant une réalité. À Ouagadougou, l’hospitalisation coûte 26 dollars, contre 134 au Cambodge. La Dengue n’y est pas cinq fois moins grave : le temps et les soins y valent simplement moins cher. Dans les pays pauvres, la maladie paraît ainsi moins coûteuse dans les comptes et la prévention, à tort, moins rentable.

La santé ne fait pas la croissance, mais l’enfance compte

Les économistes restent divisés. Pour Daron Acemoglu et Simon Johnson, les progrès sanitaires après 1940 ont accru la population, sans augmenter le revenu par habitant. Les études sur l’enfance sont plus nettes : après l’éradication du paludisme en Amérique, les enfants exposés ont gagné davantage à l’âge adulte. Au Tchad, un tiers des cas notifiés en 2026 concerne les moins de 15 ans.

La prévention ne paie toutefois que sous conditions. L’OMS réserve le vaccin TAK-003 aux zones de forte transmission. En Indonésie, les lâchers de moustiques Wolbachia ont réduit les cas de 77 %. Mais les évaluateurs recommandent de commencer là où l’État dispose des infrastructures et des moyens budgétaires nécessaires.

Ces moyens, le Tchad en manque. La santé représentait 8 % des dépenses publiques en 2024, loin des 15 % promis à Abuja. Le rapport de situation appelle lui-même à « réduire la forte dépendance de la riposte aux partenaires ».

L’investissement initial pourrait être modeste : mesuré. Pour savoir enfin quand prévenir coûte moins cher que subir la prochaine épidémie.

GADNODJI Nako