À Dallas, Donald Trump vient de franchir un nouveau seuil dans la surenchère électorale. Lors d’un rassemblement républicain, le président américain a promis un « dividende » de 5 000 dollars à chaque citoyen américain adulte si son parti conserve le contrôle de la Chambre des représentants et du Sénat à l’issue des élections de mi-mandat de novembre. Il a toutefois précisé que cet argent devrait être dépensé aux États-Unis.
L’annonce a immédiatement frappé par son caractère spectaculaire. Elle rappelle, à une tout autre échelle, certaines pratiques électorales bien connues en Afrique subsaharienne : distribution d’argent, de tee-shirts, de sacs de riz ou d’autres biens matériels lors des meetings et rassemblements politiques. Dans de nombreux contextes africains, ces gestes sont souvent présentés comme des marques de proximité avec les populations, mais peuvent également être perçus comme une manière de mobiliser ou de fidéliser l’électorat.
La comparaison ne signifie évidemment pas que les systèmes politiques américain et africain sont identiques. Les institutions, les mécanismes électoraux et les règles de financement politique diffèrent profondément. Mais le ressort politique peut, lui, présenter une certaine similitude : transformer une campagne électorale en promesse d’un bénéfice matériel directement perceptible par l’électeur.
Avec son « Trump dividend », le président américain ne promet plus simplement une baisse d’impôts ou une politique économique favorable. Il met en avant un versement monétaire individuel, conditionné politiquement au maintien de la majorité républicaine au Congrès. « Si les républicains gagnent, vous gagnez avec nous et vous obtenez 5 000 dollars », a-t-il déclaré à Dallas.
La proposition soulève toutefois de sérieuses interrogations budgétaires. Selon différentes estimations, une telle mesure pourrait coûter plus d’un millier de milliards de dollars. Reuters évoque notamment un coût estimé à environ 1 350 milliards de dollars, tandis que d’autres analyses situent la facture autour de 1 200 à 1 300 milliards. Aucun mécanisme précis de financement n’a pour l’heure été présenté par le président.
L’annonce intervient également dans le prolongement de précédentes propositions de Donald Trump visant à redistribuer une partie des recettes douanières aux Américains. Le président avait déjà évoqué en 2025 un « dividende » de 2 000 dollars financé par les droits de douane. Cette promesse n’a finalement pas été mise en œuvre.
Au-delà de sa faisabilité économique et juridique, c’est donc surtout la méthode politique qui interpelle. Dans les démocraties africaines comme dans les démocraties occidentales, la compétition électorale tend parfois à se déplacer du terrain des programmes vers celui des avantages immédiats promis aux électeurs.
La différence est désormais davantage une question d’échelle que de logique. En Afrique, il peut s’agir de quelques milliers de francs CFA distribués au cours d’un meeting. Aux États-Unis, il est question de milliers de dollars par électeur et potentiellement de plus d’un millier de milliards de dollars à l’échelle nationale.
Le phénomène mérite d’autant plus d’attention que la promesse de Dallas intervient à quelques semaines d’une élection décisive pour le contrôle du Congrès. En présentant le versement comme un « dividende » lié à la victoire républicaine, Donald Trump personnalise une nouvelle fois l’enjeu électoral autour de sa propre figure et de la fidélité de son électorat.
Reste une question fondamentale : jusqu’où une démocratie peut-elle aller dans la transformation de l’élection en marché de promesses matérielles ? La question, longtemps associée aux pratiques électorales de certains pays en développement, semble désormais trouver un écho au cœur même de la première puissance économique mondiale.
NG
