À Mara, FM Liberté a lancé ce 17 février 2026 un atelier de renforcement des capacités au profit de ses journalistes, correspondants et points focaux. Organisée en partenariat avec Pain pour le Monde, cette formation s’inscrit dans la phase 3 du projet « Promouvoir le respect des droits humains par la radio » et porte sur le thème : le journalisme sensible aux conflits.
Pendant trois jours, du 17 au 19 février, les participants travailleront autour de trois axes essentiels : l’analyse des conflits pour en comprendre les causes profondes et les mécanismes de paix ; la relation entre médias et conflits, afin de mieux cerner les enjeux du traitement de l’information en période sensible ; et la promotion d’un journalisme éthique, au service de la communauté. À travers cette formation, FM Liberté entend renforcer les compétences de ses collaborateurs afin de prévenir tout discours ou contenu susceptible d’exacerber les tensions.
Dans un pays où la radio demeure le média le plus accessible, notamment dans les provinces et les zones reculées parfois privées d’électricité, son influence est déterminante. Qu’il s’agisse d’un éleveur derrière son troupeau à l’agriculteur dans son champ, nombreux sont ceux qui s’informent grâce à leur poste récepteur ou à leur téléphone portable. Consciente de cette responsabilité, FM Liberté entend consolider une pratique journalistique fondée sur la rigueur, la responsabilité et la recherche permanente de la cohésion sociale.
Ouvrant les travaux au nom du coordonnateur général, le coordonnateur de programme Allah-Issem Anges a souligné la pertinence du thème retenu. « La thématique a tout son sens, surtout que de discours de haine, et de langages obscènes fusent de partout dans notre société. Dans nos papiers, une virgule mal placée ou un mot employé avec légèreté peut aggraver la situation, embraser la société. Dès lors que nous faisons partie de la société, en tant que journaliste », rappelle-t-il. « Chers journalistes, correspondants et points focaux, vous êtes nos yeux et nos oreilles sur le terrain. Votre responsabilité est immense car c’est partant de vos papiers que le pouvoir central apprend ce qui se passe à l’intérieur du pays. Restez objectifs sans être indifférent. Informez sans enflammer », Allah-Issem Anges.
La vice-présidente de la Haute Autorité des Médias et de l’Audiovisuel, Evelyne Fakir Kanassawa, a salué l’initiative avant d’appeler les correspondants à la vigilance. « Nous vivons dans une période où l’information circule plus vite que la vérité. Un mot mal choisi, un témoignage non vérifié ou une émotion mal maîtrisée à l’antenne peut transformer une simple étincelle en un véritable incendie social ».
Elle appelle les journalistes à être responsable : « Le journalisme « classique » nous demande d’être neutres. Mais le journalisme sensible aux conflits nous demande d’être responsables. Il s’agit de comprendre l’impact de nos récits sur la paix et la cohésion sociale. Durant cette session, vous allez apprendre à : Décoder les mécanismes d’un conflit pour ne pas en devenir l’instrument. Éviter le langage incendiaire et les stéréotypes qui stigmatisent certaines communautés. Donner la parole à tous, pas seulement à ceux qui crient le plus fort, afin de favoriser le dialogue. Une information peut diviser, mais elle a aussi le pouvoir immense de guérir. Votre micro est une arme. A vous de décider si elle servira à détruire ou à construire des ponts. Le Conseil d’Administration que je préside attend de vous une rigueur absolue. La crédibilité de notre radio en dépend ».
Évoquant le contexte national, elle a rappelé la fragilité du tissu social et les risques liés à une information mal maîtrisée : « le contexte tchadien est fragile : la pauvreté, le sentiment d’injustice. La corruption que nous dénonçons tous sont des réalités quotidiennes. Dans ce terreau, la moindre étincelle médiatique peut mettre le feu aux poudres. C’est pourquoi nous devons être extrêmement vigilants. Ne nous voilons pas la face, le métier comporte trois pièges mortels dans lesquels il ne faut pas tomber : Premièrement, ne pas inciter à la haine. C’est la ligne rouge absolue. Il ne s’agit pas de cacher les problèmes, mais de les traiter dans designer un bouc émissaire. Ne transformer jamais un problème social en conflit ethnique ou religieux. Deuxièmement, ne pas diffamer. La critique est l’essence du débat démocratique, mais l’insulte et l’accusation sans preuve sont des poisons ».
Clôturant son intervention, elle a encouragé les participants à tirer pleinement profit de cette session de formation : « Notre travail c’est le miroir de la société. Et un miroir qui ne montrerait que les rides et les cicatrices, en oubliant les sourires et les guérisons, est un miroir malhonnête. Alors durant ces jours de formation, je vous encourage à prendre vos travaux très au sérieux. Ecoutez, échangez, contestez méme, mais surtout apprenez, parce que ce que vous allez acquérir ici, ce n’est pas seulement une technique, c’est un bouclier pour la paix. Avant de vous laisser travailler, je voudrais finir sur une note plus légère, car il faut savoir rire de nous-mêmes pour avancer. On dit souvent que les journalistes tchadiens sont comme l’harmattan : ils soulèvent beaucoup de poussière, on ne voit plus rien, et après. Tout le monde éternue !!! Aujourd’hui, je nous souhaite d’apprendre à devenir comme l’eau calme du lac: celle qui reflète la réalité sans la déformer, et qui apaise la soif de vérité de nos auditeurs. Je vous remercie de votre attention et déclare ouvert cet atelier sur le journalisme sensible aux conflits.
Les intervenants, en allant du Coordonnateur de Programme à la Vice-présidente de la HAMA, tous ont insisté sur la responsabilité sociale du journaliste et sur la nécessité d’un traitement impartial et apaisé de l’information, dans un contexte national où chaque mot peut contribuer soit à la division, soit à la construction de la paix.
Rahila Biassou


