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SENAFET 2026 : Entre spéculation, qualité décriée et rupture de stock, le pagne officiel fait débat

SENAFET 2026 : Entre spéculation, qualité décriée et rupture de stock, le pagne officiel fait débat 1

Lors de la présentation officielle du pagne de la Semaine Nationale de la Femme Tchadienne (SENAFET) 2026, la ministre d’État, ministre de la Femme et de la Petite Enfance, Kitoko Gata Ngoulou, avait annoncé un prix unique de 11 000 FCFA sur l’ensemble du territoire national. Cette mesure visait à garantir l’accessibilité du tissu et à freiner toute spéculation à l’approche de la célébration de la Journée internationale des droits des femmes( JIF).

Pourtant, sur le terrain, la réalité semble bien différente. Un tour dans les marchés de la capitale, N’Djamena,  et le long des principales artères,  suffit pour constater le décalage. Si les étals débordent déjà d’étoffes aux motifs chatoyants, l’enthousiasme des clientes, lui, peine à se manifester.

Le premier point de discorde concerne la texture du tissu . Plusieurs acheteuses dénoncent une qualité jugée inférieure à celle des éditions précédentes. Sur les marchés, certaines n’hésitent pas à qualifier le pagne de cette année de « Boko Haram », une expression populaire locale employée pour désigner des tissus de piètre qualité. «  11 000 FCFA, c’est beaucoup pour moi. Je ne peux pas investir autant pour une qualité pareille », confie une cliente visiblement déçue.

Au-delà de l’aspect esthétique, c’est le non-respect du prix réglementé qui alimente la colère des ménagères. Malgré les consignes fermes du gouvernement, la surenchère dicte sa loi. Pour obtenir le précieux tissu, il faut débourser entre 12 500 et 13 000 FCFA, au lieu du prix homologué fixé à 11 000 FCFA. « En plus de la mauvaise qualité, c’est trop cher. J’ai dû payé la mienne à 13 000 francs », s’indigne Cynthia , une mère de famille rencontrée au marché de Dembe.

Le casse-tête de l’approvisionnement

Face aux critiques, les commerçantes invoquent des difficultés d’approvisionnement. Mme Blanche, vendeuse au marché de Dembé, explique ses difficultés : «  On nous a orientées vers la Maison de la Femme, mais les stocks étaient inexistants. Nous sommes contraintes de nous fournir chez des grossistes privés qui imposent leurs tarifs », affirme-t-elle.

Certaines vendeuses évoquent même l’existence d’un circuit parallèle, où des intermédiaires accapareraient les stocks pour les revendre avec une marge supplémentaire. « Si nous achetons la pièce à 11 500 FCFA en gros, nous n’avons d’autre choix que de la revendre à 12 000 ou 12 500 FCFA pour rentrer dans nos frais », justifie Déné,  commerçante.

À environ deux semaines de la célébration du 8 mars 2026, le pagne officiel, présenté comme l’emblème de la promotion et de la valorisation de la femme tchadienne, se retrouve au cœur d’une vive polémique. Entre soupçons de spéculation et critiques sur la qualité, une certitude s’impose néanmoins : avec ou sans cette étoffe officielle, les festivités auront bel et bien lieu. Car au-delà de l’étoffe et de son coût, ce sont l’engagement et la résilience de la femme tchadienne qui seront célébrés ; une dignité qui, elle, ne se mesure ni au prix d’un tissu, ni aux aléas du marché.

Rahila Biassou Til-ndecka, stagiaire