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Revue de presse de la semaine du 18 au 24 novembre 2019

Revue de presse de la semaine du 18 au 24 novembre 2019 1

La menace de grève qui plane sur le secteur public, la signature de l’accord de paix entre le gouvernement et le comité d’autodéfense de Miski et les rebondissements dans l’affaire Bonheur Mateyan Manayel sont les sujets qui ont retenu l’attention des médias nationaux la semaine écoulée.  

« Décembre risque d’être mouvementé », lance à la Une N’Djaména Hebdo qui précise qu’un an après la signature du protocole ayant permis de mettre fin à la grève dans le secteur public, le gouvernement continue de louvoyer. « C’est une semaine après notre communiqué de presse que le gouvernement a réagi en nous invitant à cette réunion au cours de laquelle nous avons adopté le plan d’action du Haut comité technique tripartite. Les débats ont été houleux parce que selon le premier projet du plan reçu, le haut comité technique entend travailler jusqu’ en mars 2020 », précise le porte-parole adjoint de la plateforme syndicale revendicative, Mahamat Nasradine Moussa dans une interview accordée à nos confrères de N’Djaména Hebdo. D’après lui, accepter de travailler jusqu’en 2020, signifierait pour les travailleurs que le gouvernement ne va pas inclure dans la loi des finances 2020 leurs revendications. « Pour nous, tout  doit finir en 2019. En 2020, nous n’entendrons plus parler des revendications de la plateforme syndicale. C’est ainsi qu’après débat, il a été pris en compte les amendements faits au niveau du Haut comité », ajoute Mahamat Nasradine Moussa qui annonce qu’en principe, c’est le vendredi dernier que le travail devrait être présenté mais il est malheureusement reporté pour ce lundi.  « Rétablissement des salaires coupés, des effets financiers des avancements : gouvernement et syndicats s’approchent d’un accord », note Le Progrès qui informe que la rencontre du mardi 19 novembre dernier entre représentants du gouvernement et des syndicats a permis d’amender les propositions des syndicats, de finaliser avant 2020 sur le décret 687, relatif à la coupe des salaires des agents de l’Etat, l’annulation de l’arrêté suspendant les effets financiers des avancements et redressements ainsi que le rétablissement des 35% restants des 50% des augmentations générales spécifiques (Ags) coupés. « Le gouvernement accepte les propositions des syndicats. Nous allons travailler ensemble pour régler ces problèmes avant la fin de l’année mais tout en restant prudent », confie Younouss Mahadjir, membre de la plateforme revendicative. « Notre objectif est de voir toutes nos revendications prises en compte dans le budget 2020. Au cas contraire, nous n’aurons plus d’arguments pour contenir la base, qui ne nous fera pas, nous-mêmes, cadeau », ajoute-t-il.

L’accord entre le gouvernement et le comité d’autodéfense de Miski

« La paix au prix d’or », lance l’éditorialiste de N’Djaména Hebdo qui retient une image forte lors de la signature de l’accord de paix entre gouvernement et le comité d’autodéfense de Miski.  «  Sur un cliché publié il y a deux semaines sur les réseaux sociaux, l’on voit le président Idriss Déby poser au milieu d’une dizaine d’hommes ; tous vêtus de grands boubous comme lui et couverts de turbans. Derrière lui, l’on reconnait le chef d’état-major général des armées, le général Mahamat Tahir Erda, le général Mahamat Déby Itno, commandant de la Dgssie ainsi que le directeur général des douanes, Abdelkerim Mahamat Charfadine. Il y a aussi sept membres du comité d’autodéfense de Miski », remarque-t-il. D’après l’hebdomadaire, le grand perdant dans ce conflit fratricide est le ministre de la défense, Mahamat Abali Salah, écarté de tous les pourparlers et même de la réunion de plus de trois heures au palais.  « Abali Salah, fils du Tibesti, mais partisan de la confrontation armée, s’est mis ses frères à dos en qualifiant le comité d’autodéfense de structure ’’imaginaire’’ et d’une ’’invention d’activistes en exil », ajoute-t-il. Pour lui, la signature de cet accord de paix est une victoire pour la paix dans le Tibesti qui, depuis l’indépendance du pays paie des lourds tributs, une victoire pour les 2400 habitants de Miski qui ont fait face depuis des mois à l’armada militaire de Déby. Pour lui, Miski enseigne la résistance. « Tôt ou tard, cela finira par arriver », prévient Le Pays qui retient deux évènements, indépendants l’un de l’autre mais qui ont marqué l’actualité : « la signature d’un accord entre les représentants du gouvernement et le comité d’autodéfense de Miski et la gestion des suites de l’assassinat par la protection du président de l’Assemblée nationale (Pan) du conducteur de mototaxi Mateyan Bonheur ». D’après votre hebdomadaire, ces évènements qui n’ont rien de commun traduisent à merveille comment ceux qui gouvernent le Tchad fonctionnent. « Pour avoir l’issue qu’on connait à la crise qui les oppose au gouvernement depuis une année, les populations de Miski ont dû prendre les armes, résister à plusieurs offensives gouvernementales, repoussé des tentatives de retournement et de corruption pour obliger le pouvoir à négocier. Les Toubous ont su défendre pied à pied leur terroir, leur dignité face à un pouvoir qui n’avait, au début que la logique de la violence », relève Le Pays qui rappelle que leurs compatriotes de l’autre bout du territoire qui avaient tenté la même chose au nom du pétrole n’ont pas eu la même fortune. « Les deux rébellions du sud du pays se sont achevées par des défaites militaires et vingt ans après, on est obligés de se rendre à l’évidence que l’aventure pétrolière n’a pas été pour le bien des populations du bassin de Doba, n’en déplaise à ces intellectuels brillants mais non-vertueux qui ont soutenu face au seul Yorongar l’exploitation de l’or noir pour leurs seuls intérêts ». Pour votre hebdomadaire, la leçon de Miski doit être un précédent. « Quand l’arbitraire dure, tôt ou tard, le peuple voudra du changement et cela finira par arriver », martèle-t-il. « Le pouvoir guerrier de Déby cède aux exigences d’un petit groupe de combattants », ironise Abba Garde qui précise qu’après des négociations à N’Djaména, c’est à Miski qu’un accord de paix mettant un terme à des hostilités entre les belligérants a été trouvé. D’après nos confrères, il s’agit là d’une victoire pour ces combattants face à un régime qui règle habituellement ses problèmes par la force. « C’est immense ce que viennent d’obtenir les habitants de la petite localité de Miski dans l’extrême nord du Tchad : tenir pendant un an la dragée haute au guerrier Déby et le contraindre par les négociations à céder à leurs exigences », s’étonne le trimensuel qui estime que le guerrier connu et reconnu qui règle souvent les contestations, rebellions et autres par la voie de la force n’a pas pu en un an venir à bout de ce petit nombre de guérilleros. « Le recul du pouvoir face à Miski serait-il aussi bénéfique pour les provinces dont les ressources enrichissent d’autres ?», se demande Abba Garde qui rappelle que « c’est à parier, car le contexte sociopolitique et le rapport de force dans le Tibesti  ne sont pas les mêmes que dans les autres provinces ».  « Résolution du conflit de Miski : l’option choisie est-elle la bonne », s’interroge L’Observateur qui relève que les habitants des deux Logones, du Loug-Chari, du Batha et autres sont mécontents de la manière dont le gouvernement a exploité et continue d’exploiter leurs ressources naturelles. « Toutes ces richesses ont profité à un groupe restreint des Tchadiens proches du chef de l’Etat et certains de leurs affidés », déplore-t-il. D’après l’hebdomadaire, un député de la majorité présidentielle et originaire du Batha a demandé, après la signature de l’accord, que les mêmes faveurs soient aussi accordées aux siens. « C’est dire que la situation est sérieuse et qu’il ne faut pas la gérer avec légèreté comme le fait actuellement le gouvernement. Le cas de Miski n’est pas un cas isolé. Il y aura d’autres Miski. L’heure est grave et le gouvernement doit agir avec responsabilité », alerte-t-il.

L’assassinat de Bonheur

« Justice pour Bonheur », clame La Voix qui rappelle que jusqu’à ce jour, les suites judiciaires de l’affaire de l’assassinat de Bonheur Mateyan par la garde du président de l’Assemblée nationale Haroun Kabadi restent floues. « On a annoncé l’arrestation des individus issus de la garde du président de l’Assemblée mais les avocats de la famille du défunt ont constaté que leur garde-à-vue n’est pas loin d’une entourloupe », note l’hebdomadaire qui estime que le mystère plane sur leur présence effective dans les cellules. « Quand Kabadi quittera le perchoir, il pourra entamer une carrière d’humoriste », ricane l’hebdomadaire qui rappelle que l’autre jour, le président de l’Assemblée a déclaré au sujet du standing de l’Hôpital général de référence national de N’Djaména : « nous sommes aux mêmes normes que les hôpitaux européens ». Une chose est sûre, d’après La Voix, c’est que, « soit Jacques Haroun Kabadi ne s’est pas encore remis de son évacuation sanitaire en France, soit, il a fumé de l’herbe. Donc l’Hôpital général de référence national de N’Djaména dont le Plateau technique est celui que nous connaissons tous serait par exemple, l’égal de l’Hôpital de la Pitié-Salpêtre de Paris ? ». « Guerilla urbaine contre l’injustice », s’exclame Le Pays qui assure que même s’il faut regretter une certaine exagération dans les propos des compatriotes qui chargeaient sa barque, il faut aussi admettre que le Pan n’a jamais eu une bonne cote dans l’opinion depuis qu’il a publiquement assumé en tant que ministre de la communication, le massacre de ses corégionaires après l’entrée en rébellion du Dr Nahor ou encore son implication dans le détournement des fonds publics destinés à l’impression des manuels scolaires. « Ce qui est à reprocher à Kabadi dans cette crise qui n’a pas encore eu son dénouement, c’est la distance et l’absence de compassion qui l’ont marqué. Manifestement, l’homme avait fait une fixation sur l’instrumentalisation du drame oubliant que lui-même n’a rien pour désamorcer un incident qui ne nécessitait pas grand effort de sa part », ajoute-t-il. D’après votre hebdomadaire, Haroun Kabadi a fait aujourd’hui un bond dans le barème du désamour des Tchadiens qui ne le portaient pas déjà en grande estime. « Ce faisant, il incarne le visage du système dont il est la deuxième personnalité et qui n’a que du mépris pour la population qui est censée l’avoir élu et pour le bien duquel il exerce », conclut Le Pays. « La justice tergiverse », renchérit N’Djaména Hebdo qui rappelle que deux semaine après son décès, la justice tchadienne n’arrive toujours pas à situer les parents du défunt sur les responsabilités des 4 personnes mises en cause. « La situation devient ambiguë et génère d’autres dégâts. Le collectif d’avocats du défunt s’est rendu compte, après investigations que les 4 personnes mises aux arrêts et leur audition par la section nationale de la recherche judicaire (Snrj), les accusés sont remis à la disposition du parquet. Le 1er substitut du procureur de la République près le tribunal de grande instance de N’Djaména a renvoyé le dossier à la Snrj pour complément », ajoute-t-il. D’après l’hebdomadaire, l’indifférence des députés et des autorités judiciaires sur l’affaire Mateyan Manayel Bonheur montre à quel point l’impunité est encouragée sous nos cieux. « Et depuis la mort de Bonheur, quand la sirène du cortège de Haroun Kabadi retentit, un branle-bas emporte les autres usagers de la voie qu’il emprunte », ajoute N’Djaména Hebdo qui se demande : « pourquoi un élu du peuple doit-il ainsi se méfier de ses électeurs ? » « Le mépris du bas peuple », poursuit Le Pays qui martèle que la suite réservée aux affaires Manayel Mateyan Bonheur comparée à celle de la commerçante chinoise assassinée l’an dernier, interroge sur la valeur de la vie des citoyens tchadiens. « Le peuple tchadien est-il le vassal de la classe dirigeante ou le souverain comme le voudrait la démocratie», s’interroge votre hebdomadaire qui assure que l’impression qui se dégage face au comportement méprisant de ceux censés être au service du peuple et faire respecter l’Etat de droit, est que l’on a affaire à des conquérants en territoire conquis. « La nécrose dont souffre la Justice, un organe clé pour l’instauration de l’Etat de droit, est l’un des indicateurs de ce mépris royal vis-à-vis des ’’en bas de en bas’’, pour emprunter l’expression de l’humoriste Mamane», ajoute-t-il. L’Hebdomadaire rappelle que le 14 juin 2018, une commerçante chinoise installée à N’Djamena a été abattue au moment où elle rentrait à son domicile, par un groupe d’hommes armés mais très rapidement, les auteurs de cet homicide ont été appréhendés et traduits devant la justice qui les a condamnés avec une célérité inhabituelle à la peine de mort pour des ’’faits de terrorisme’’, alors qu’il s’agissait vraisemblablement d’un braquage. « La nationalité de la dame a pesé sur le dénouement de cette affaire », précise-t-il. Mais lorsqu’il s’agit d’une injustice subie par un citoyen lambda du Tchad, regrette Le Pays, la même justice devient curieusement apathique. « Les cas qui ont défrayé la chronique sont ceux de Mbaïguedem Richard, mort le 08 mai 2109 après avoir subi des sévices au cours d’une détention arbitraire dans les cellules du commissariat du 6ème arrondissement et Mateyan Manayel Bonheur, envoyé ad patres par la garde du président de l’Assemblée nationale, Haroun Kabadi, le 04 novembre dernier ». Le Pays de marteler que ces deux poids, deux mesures de la justice est de nature à laisser penser que les vies humaines n’ont pas toutes la même valeur et à creuser davantage le fossé entre gouvernants et gouvernés. « Sacre de l’insensibilité », dénonce Abba garde qui précise que le Pan fait pression sur la justice pour que les assassins de Bonheur ne répondent pas de leurs actes. « Il a fallu plusieurs conciliabules émaillées de supplications pour que le seigneur de la prévarication accepte, malgré lui, le schéma que lui a proposé le ministère par l’entremise de son cousin Ahmat Mahamat Hassan, ex-ministre de la justice », relève le trimensuel qui rapporte : « j’accepte qu’ils soient mis aux arrêts lundi mais pas pour plus de deux semaines après l’enterrement de ce clandoman ».

Stanyslas Asnan