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20 octobre : entre montage et hommages

20 octobre : entre montage et hommages 1

Il y a un mois, plus de cinquante manifestants (chiffre officiel) contre la prolongation de la transition ont été exécutés. Des centaines d’autres sont disparus ou faits prisonniers. Depuis cette date, de nombreuses familles vivent sans nouvelles de leurs proches, partagées entre le doute et l’angoisse. Si certains tchadiens rendent hommages aux manifestants tués, la police nationale est ridiculisée par un montage sur l’arrestation de « 4 militants supposés des Transformateurs avec des sacs de manchettes en leur possession ». L’un des supposés militants arrêtés a été reconnu sur la vidéo comme un agent de renseignement chargé de la surveillance du pont de Chagoua. Il sera d’ailleurs aperçu dès le lendemain sur son lieu de travail.

Les 20 et 21 octobre 2022. De centaines de Tchadiens sortis protester contre la transition seront exécutés. De centaines d’autres arrêtés le même jour ou les jours suivant vont subir les sévices et les humiliations. Un mois après, de nombreuses familles n’ont plus de nouvelles de leurs proches, le fleuve Chari continue de rejeter des corps sans vie et des découvertes des hommes exécutés se sont un peu partout dans le pays.

Pour marquer cette date, de nombreuses personnes, artistes, militants des droits humains, activistes ont rendu hommage aux victimes. « 20 octobre- 20 novembre 2022. Des leçons à tirer après les massacres. La mise en scène des acteurs de Théâtre club continue pour sombrer la vérité », précise l’artiste N2A Téguil dans une vidéo qui invite les autorités à arrêter de fuire la vérité et d’assumer leurs responsabilités. Le président de l’Association des écrivains et auteurs du Tchad (Asiat) rend hommage aux victimes à travers un texte tiré de l’Etudiant de Soweto de Maoundoé Naïndouba. « Ceux qui savent mourir, meurent à Soweto. Ils meurent contre les portes du désespoir. Ils meurent debout », cite Mbernodji Sosthène sur sa page Facebook.

Sur une carte du Tchad peint sur fond noir, teinté du rouge (sang) où une arme est pointée sur les manifestants qui courent, quelques défenseurs des droits de l’homme ont rendu eux aussi hommage aux manifestants tombés ce jour du 20 octobre 2022. « Sang et noirceur », c’est le titre qu’ils ont donné à ce document qui dresse le portrait de quelques jeunes, plein d’espoir tués et d’autres enlevés.

Le vice-président Partenariats et Diaspora des Transformateurs invite à relever « les yeux, même en larme ». « Il fait toujours minuit dans le cœur et l’esprit de multitudes », précise Dr Ndolembaï Sadé Njésada qui se demande « si nous avons des machines de fabrication de vie humaine »?… « Notre deuil commun arrivera à sa fin quand le soleil de justice se lèvera et ses rayons illumineront les ténèbres et les ignominies qui ont très longtemps enseveli ce peuple debout et à l’ouvrage. Ce soleil qui s’annonce à l’aurore est imminent et apportera la justice, la paix, le pardon, l’égalité pour un Tchad où il fera réellement bon d’y vivre », ajoute-t-il.

« Un mois de douleur », pour le président des Transformateurs qui estime que « de cette douleur, naîtra le bouclier protecteur de notre dignité ». « 20 octobre- 20 novembre 2022, un mois de douleur et d’espoir. Depuis ce Jeudi noir, ils ont tué abondamment notre Peuple grâce aux armes achetées avec l’argent de notre pétrole et ils continuent de le faire, un mois plus tard en rigolant sur ces corps sans vie pour espérer par la terreur réduire ce Peuple à l’esclavage dynastique », dénonce Dr Succès Masra.

Stanyslas Asnan